Le Sénégal vient de franchir une étape importante avec l’accord au niveau des services conclu avec le FMI sur un nouveau programme FEC de plus de 1 244 milliards de FCFA.
Mais à mon avis, il faut être très prudent dans la manière de présenter cette information.
Ces 1 244 milliards de FCFA ne sont pas un cadeau fait au Sénégal, ni une enveloppe immédiatement disponible dans les caisses de l’État. Il s’agit d’un programme pluriannuel qui doit encore suivre les différentes étapes d’approbation du FMI et dont les décaissements seront liés au respect de certaines conditions et aux différentes revues du programme.
1.Pourquoi cet accord est important ?
À mon avis, le premier enjeu n’est pas seulement le montant annoncé. Le véritable enjeu est le retour du Sénégal dans un cadre de financement international crédible après une période particulièrement difficile concernant la dette et les finances publiques.
Cet accord peut permettre au Sénégal :
■ de retrouver progressivement la confiance de ses partenaires financiers ;
■ de mobiliser d’autres financements internationaux ;
■ de faciliter la restructuration et la gestion de la dette ;
■ de stabiliser les finances publiques ;
■ de renforcer la transparence et la gouvernance financière.
Le FMI prévoit également que son programme puisse contribuer à mobiliser des financements auprès d’autres partenaires internationaux.
2. Mais il ne faut pas oublier que cet argent a un prix
Le FMI demande notamment au Sénégal de réduire ses vulnérabilités budgétaires, d’améliorer les recettes publiques, de maîtriser les dépenses et de renforcer la gestion de la dette et des entreprises publiques.
Concrètement, cela signifie que l’État devra faire des choix parfois difficiles.
Il faudra :
augmenter les recettes + maîtriser les dépenses + mieux gérer la dette + renforcer la transparence.
Et ces réformes peuvent avoir des conséquences directes sur la population et sur les entreprises.
C’est pourquoi l’assainissement des finances publiques doit être fait avec intelligence et justice sociale.
3. Le pétrole : une opportunité, mais aussi une responsabilité
Le Sénégal dispose aujourd’hui d’un nouvel atout avec la production d’hydrocarbures.
La croissance économique a été fortement soutenue par le pétrole en 2025. Mais il faut regarder également la croissance hors hydrocarbures.
Car notre objectif ne doit pas être simplement de dire :
« Le Sénégal connaît une forte croissance grâce au pétrole. »
La vraie question est :
« Est-ce que cette richesse permettra de construire une économie suffisamment forte pour fonctionner demain sans dépendre constamment de la dette ? »
Pour moi, c’est là que se trouve le véritable débat.
Nous devons éviter le cercle :
pétrole → recettes → dépenses → nouvelles dettes → dépendance.
Et construire plutôt :
pétrole → investissements productifs → industrie → emplois → exportations → recettes fiscales → développement durable.
4. Le danger : emprunter pour simplement rembourser
C’est l’un des points qui m’inquiètent le plus.
Il faut faire une différence entre une dette qui sert à gagner du temps et une dette qui sert à créer de la richesse.
Une dette utilisée pour payer des échéances, couvrir des déficits ou refinancer d’anciennes dettes peut être nécessaire à court terme.
Mais elle ne crée pas automatiquement de richesse.
À l’inverse, une dette destinée à financer :
■ des infrastructures productives ;
■ l’agriculture ;
■ l’industrie ;
■ l’énergie ;
■ la transformation locale ;
■ les PME/PMI ;
■ la logistique ;
■ la formation professionnelle ;
peut permettre de créer de la valeur et de générer demain davantage de recettes.
5. Le secteur privé doit devenir un moteur essentiel
Je pense que le Sénégal doit profiter de cette période pour donner beaucoup plus de place au secteur privé.
Nous devons développer davantage :
□ les BTP ;
□ l’agriculture et l’agro-industrie ;
□ la transformation alimentaire ;
□ l’énergie et le solaire ;
□ la logistique et le transport ;
□ l’industrie manufacturière ;
□ les matériaux de construction ;
□ le tourisme ;
□ le numérique ;
□ les PME/PMI ;
□ les exportations vers la CEDEAO et le reste de l’Afrique.
Parce qu’un État ne peut pas être éternellement le principal moteur de l’économie.
L’État doit créer les conditions. Le secteur privé doit produire, investir, embaucher et exporter.
6. Ne pas oublier les Sénégalais les plus vulnérables
L’assainissement des finances publiques est nécessaire, mais il ne doit pas être réalisé au détriment des populations les plus fragiles.
Si les dépenses publiques diminuent brutalement, si la pression fiscale augmente et si le coût de la vie continue de progresser, ce sont les ménages modestes qui risquent de supporter le poids de l’ajustement.
Il faut donc trouver un équilibre entre :
discipline budgétaire + croissance économique + protection sociale.
Le développement économique n’a de sens que s’il améliore progressivement les conditions de vie des Sénégalais.
7.La transparence doit être au cœur du programme
À mon avis, c’est probablement le point le plus important.
Les Sénégalais doivent pouvoir comprendre clairement :
1. combien l’État doit réellement ;
2. à qui il doit cet argent ;
3. quelles sont les échéances de remboursement ;
4. quels sont les engagements hors bilan ;
5. quelles garanties l’État accorde aux entreprises publiques ;
6. combien représentent les arriérés envers les entreprises ;
7.comment sont utilisés les financements obtenus ;
8. combien rapportent réellement le pétrole et le gaz ;
9.comment sont utilisés les revenus des hydrocarbures ;
10. quels sont les grands contrats publics.
La transparence n’est pas un luxe. C’est une condition de confiance entre l’État et les citoyens.
8. Une précision importante sur les chiffres
Il faut également éviter de créer une confusion entre les différents montants annoncés.
On parle dans certaines communications de plus de 1 244 milliards de FCFA, alors que les chiffres présentés par le FMI concernant le programme global sont exprimés en dollars et en DTS.
Il faut donc bien distinguer le montant d’un décaissement, le montant d’un programme et l’ensemble des financements qui pourraient être mobilisés auprès des différents partenaires.
Un programme FEC de plusieurs années ne signifie pas que l’intégralité de la somme sera versée immédiatement.
9. Mon appréciation personnelle
Pour moi, cet accord est une bonne nouvelle financière, mais pas encore une victoire économique.
□ À court terme, c’est positif :
le Sénégal peut retrouver de la crédibilité, stabiliser ses finances, mobiliser des partenaires et mieux gérer sa dette.
■À moyen terme, la période risque d’être difficile :
réformes, maîtrise des dépenses, pression fiscale éventuelle et décisions parfois impopulaires.
● À long terme, tout dépendra de ce que nous ferons de cette période.
Si nous utilisons cette fenêtre pour transformer notre économie, développer notre industrie, soutenir le secteur privé, créer des emplois et investir intelligemment les revenus du pétrole et du gaz, alors ce programme pourra devenir un véritable levier de transformation économique.
Mais si nous utilisons essentiellement de nouveaux financements pour payer d'anciennes dettes et continuer à financer des déficits, nous risquons simplement de repousser le problème.
- Mon verdict
Le programme FMI n’est ni une victoire politique ni une défaite politique. C’est une fenêtre de respiration.
Le véritable bilan devra être fait dans quelques années.
Nous devrons alors poser des questions simples :
La dette a-t-elle réellement diminué ?
Les recettes fiscales ont-elles augmenté sans étouffer les entreprises ?
Le secteur privé a-t-il créé davantage d’emplois ?
Les revenus du pétrole et du gaz ont-ils servi à construire une économie productive ?
Les Sénégalais vivent-ils mieux ?
Si la réponse est oui, alors nous pourrons dire que ces financements auront servi de levier pour transformer le Sénégal.
Si la réponse est non, nous aurons simplement obtenu de nouveaux financements pour gérer une ancienne crise.
Et pour moi, la phrase essentielle est celle-ci :
«Le Sénégal doit utiliser cette période pour sortir progressivement de la dépendance au FMI, et non pour préparer le prochain programme du FMI.»
C’est en tant que citoyen sénégalais, et non en tant que militant d’un camp politique, que je partage cette réflexion.
Le débat doit dépasser les personnes et les partis. Il doit porter sur les chiffres, les résultats, la transparence et surtout l’avenir économique du Sénégal.
Pape Fall
Citoyen sénégalais
Mais à mon avis, il faut être très prudent dans la manière de présenter cette information.
Ces 1 244 milliards de FCFA ne sont pas un cadeau fait au Sénégal, ni une enveloppe immédiatement disponible dans les caisses de l’État. Il s’agit d’un programme pluriannuel qui doit encore suivre les différentes étapes d’approbation du FMI et dont les décaissements seront liés au respect de certaines conditions et aux différentes revues du programme.
1.Pourquoi cet accord est important ?
À mon avis, le premier enjeu n’est pas seulement le montant annoncé. Le véritable enjeu est le retour du Sénégal dans un cadre de financement international crédible après une période particulièrement difficile concernant la dette et les finances publiques.
Cet accord peut permettre au Sénégal :
■ de retrouver progressivement la confiance de ses partenaires financiers ;
■ de mobiliser d’autres financements internationaux ;
■ de faciliter la restructuration et la gestion de la dette ;
■ de stabiliser les finances publiques ;
■ de renforcer la transparence et la gouvernance financière.
Le FMI prévoit également que son programme puisse contribuer à mobiliser des financements auprès d’autres partenaires internationaux.
2. Mais il ne faut pas oublier que cet argent a un prix
Le FMI demande notamment au Sénégal de réduire ses vulnérabilités budgétaires, d’améliorer les recettes publiques, de maîtriser les dépenses et de renforcer la gestion de la dette et des entreprises publiques.
Concrètement, cela signifie que l’État devra faire des choix parfois difficiles.
Il faudra :
augmenter les recettes + maîtriser les dépenses + mieux gérer la dette + renforcer la transparence.
Et ces réformes peuvent avoir des conséquences directes sur la population et sur les entreprises.
C’est pourquoi l’assainissement des finances publiques doit être fait avec intelligence et justice sociale.
3. Le pétrole : une opportunité, mais aussi une responsabilité
Le Sénégal dispose aujourd’hui d’un nouvel atout avec la production d’hydrocarbures.
La croissance économique a été fortement soutenue par le pétrole en 2025. Mais il faut regarder également la croissance hors hydrocarbures.
Car notre objectif ne doit pas être simplement de dire :
« Le Sénégal connaît une forte croissance grâce au pétrole. »
La vraie question est :
« Est-ce que cette richesse permettra de construire une économie suffisamment forte pour fonctionner demain sans dépendre constamment de la dette ? »
Pour moi, c’est là que se trouve le véritable débat.
Nous devons éviter le cercle :
pétrole → recettes → dépenses → nouvelles dettes → dépendance.
Et construire plutôt :
pétrole → investissements productifs → industrie → emplois → exportations → recettes fiscales → développement durable.
4. Le danger : emprunter pour simplement rembourser
C’est l’un des points qui m’inquiètent le plus.
Il faut faire une différence entre une dette qui sert à gagner du temps et une dette qui sert à créer de la richesse.
Une dette utilisée pour payer des échéances, couvrir des déficits ou refinancer d’anciennes dettes peut être nécessaire à court terme.
Mais elle ne crée pas automatiquement de richesse.
À l’inverse, une dette destinée à financer :
■ des infrastructures productives ;
■ l’agriculture ;
■ l’industrie ;
■ l’énergie ;
■ la transformation locale ;
■ les PME/PMI ;
■ la logistique ;
■ la formation professionnelle ;
peut permettre de créer de la valeur et de générer demain davantage de recettes.
5. Le secteur privé doit devenir un moteur essentiel
Je pense que le Sénégal doit profiter de cette période pour donner beaucoup plus de place au secteur privé.
Nous devons développer davantage :
□ les BTP ;
□ l’agriculture et l’agro-industrie ;
□ la transformation alimentaire ;
□ l’énergie et le solaire ;
□ la logistique et le transport ;
□ l’industrie manufacturière ;
□ les matériaux de construction ;
□ le tourisme ;
□ le numérique ;
□ les PME/PMI ;
□ les exportations vers la CEDEAO et le reste de l’Afrique.
Parce qu’un État ne peut pas être éternellement le principal moteur de l’économie.
L’État doit créer les conditions. Le secteur privé doit produire, investir, embaucher et exporter.
6. Ne pas oublier les Sénégalais les plus vulnérables
L’assainissement des finances publiques est nécessaire, mais il ne doit pas être réalisé au détriment des populations les plus fragiles.
Si les dépenses publiques diminuent brutalement, si la pression fiscale augmente et si le coût de la vie continue de progresser, ce sont les ménages modestes qui risquent de supporter le poids de l’ajustement.
Il faut donc trouver un équilibre entre :
discipline budgétaire + croissance économique + protection sociale.
Le développement économique n’a de sens que s’il améliore progressivement les conditions de vie des Sénégalais.
7.La transparence doit être au cœur du programme
À mon avis, c’est probablement le point le plus important.
Les Sénégalais doivent pouvoir comprendre clairement :
1. combien l’État doit réellement ;
2. à qui il doit cet argent ;
3. quelles sont les échéances de remboursement ;
4. quels sont les engagements hors bilan ;
5. quelles garanties l’État accorde aux entreprises publiques ;
6. combien représentent les arriérés envers les entreprises ;
7.comment sont utilisés les financements obtenus ;
8. combien rapportent réellement le pétrole et le gaz ;
9.comment sont utilisés les revenus des hydrocarbures ;
10. quels sont les grands contrats publics.
La transparence n’est pas un luxe. C’est une condition de confiance entre l’État et les citoyens.
8. Une précision importante sur les chiffres
Il faut également éviter de créer une confusion entre les différents montants annoncés.
On parle dans certaines communications de plus de 1 244 milliards de FCFA, alors que les chiffres présentés par le FMI concernant le programme global sont exprimés en dollars et en DTS.
Il faut donc bien distinguer le montant d’un décaissement, le montant d’un programme et l’ensemble des financements qui pourraient être mobilisés auprès des différents partenaires.
Un programme FEC de plusieurs années ne signifie pas que l’intégralité de la somme sera versée immédiatement.
9. Mon appréciation personnelle
Pour moi, cet accord est une bonne nouvelle financière, mais pas encore une victoire économique.
□ À court terme, c’est positif :
le Sénégal peut retrouver de la crédibilité, stabiliser ses finances, mobiliser des partenaires et mieux gérer sa dette.
■À moyen terme, la période risque d’être difficile :
réformes, maîtrise des dépenses, pression fiscale éventuelle et décisions parfois impopulaires.
● À long terme, tout dépendra de ce que nous ferons de cette période.
Si nous utilisons cette fenêtre pour transformer notre économie, développer notre industrie, soutenir le secteur privé, créer des emplois et investir intelligemment les revenus du pétrole et du gaz, alors ce programme pourra devenir un véritable levier de transformation économique.
Mais si nous utilisons essentiellement de nouveaux financements pour payer d'anciennes dettes et continuer à financer des déficits, nous risquons simplement de repousser le problème.
- Mon verdict
Le programme FMI n’est ni une victoire politique ni une défaite politique. C’est une fenêtre de respiration.
Le véritable bilan devra être fait dans quelques années.
Nous devrons alors poser des questions simples :
La dette a-t-elle réellement diminué ?
Les recettes fiscales ont-elles augmenté sans étouffer les entreprises ?
Le secteur privé a-t-il créé davantage d’emplois ?
Les revenus du pétrole et du gaz ont-ils servi à construire une économie productive ?
Les Sénégalais vivent-ils mieux ?
Si la réponse est oui, alors nous pourrons dire que ces financements auront servi de levier pour transformer le Sénégal.
Si la réponse est non, nous aurons simplement obtenu de nouveaux financements pour gérer une ancienne crise.
Et pour moi, la phrase essentielle est celle-ci :
«Le Sénégal doit utiliser cette période pour sortir progressivement de la dépendance au FMI, et non pour préparer le prochain programme du FMI.»
C’est en tant que citoyen sénégalais, et non en tant que militant d’un camp politique, que je partage cette réflexion.
Le débat doit dépasser les personnes et les partis. Il doit porter sur les chiffres, les résultats, la transparence et surtout l’avenir économique du Sénégal.
Pape Fall
Citoyen sénégalais

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