Le tabou le plus jalousement gardé des politiques économiques de la zone CFA est l'incapacité de nos autorités à mettre en œuvre une véritable indépendance monétaire. Ce n'est pas qu'elles manquent de patriotisme ou de courage. C'est, plus grave encore, qu'elles ne savent pas comment faire de l'indépendance monétaire une option techniquement supérieure à la politique de dépendance.
Nous disposons d'administrateurs et de banquiers, mais nous manquons cruellement d'ingénieurs financiers capables de concevoir un système monétaire autonome. On serait tenté de les excuser, tant ils ont été formés dans un moule conçu par et pour la dépendance. Ce qu'ils savent faire se limite à ce qu'ils ont toujours pratiqué. Aujourd'hui, toute leur énergie est mobilisée pour mériter la confiance du partenaire extérieur. C'est pourquoi, face aux crises structurelles, ces autorités s'avèrent impuissantes et condamnent nos États au statu quo.
Le véritable frein à l'indépendance monétaire n'est ni la France, ni le FMI. C'est un frein purement interne.
Dans un tel contexte, la seule bataille menée par nos dirigeants consiste à se faire réintégrer par le FMI comme de bons disciples. Et le pays pousse un grand soupir de soulagement parce que l'institution accepte enfin de repêcher l'élève qui implore. Voilà le résumé de l'histoire économique du Sénégal et de nombreux pays africains.
Le manque de savoir-faire ne se limite pas au secteur industriel. En matière d'ingénierie monétaire et financière, le déficit de compétences est flagrant. En cachant cette réalité sous le tapis, on soigne les apparences, mais on refuse de poser le diagnostic de fond.
Les pays africains, dont le Sénégal, savent-ils réellement quoi faire d'une monnaie souveraine ? S'ils le savaient, ils ne subiraient pas l'humiliation des institutions internationales. Ils n'accepteraient pas la misère d'une économie sous-financée, incapable de dicter ses propres politiques économiques, et qui ne retrouve le sourire que lorsque le FMI, la Banque mondiale ou un État partenaire daignent lui accorder quelques subsides.
Le récent prêt du FMI de 1 200 milliards de francs CFA couvre à peine le montant des intérêts d'une seule année. Cela ne résoudra rien. Cet argent ne fera que transiter pour rassurer et désintéresser les créanciers, le temps que le Sénégal revienne, une fois de plus, prêter serment de bonne conduite pour garantir les paiements futurs.
Le piège de la dette africaine ne peut se comprendre qu'à travers le prisme d'une condition d'éternel subordonné. Mais c'est visiblement le cadet des soucis de nos élites. Pour elles, la liberté reste un luxe, jamais une solution.
Quant à la promesse de l'Éco pour 2027, elle n'est qu'un énième report politique destiné à esquiver le choc du réel.
Qui vivra verra.
Amadou Gueye, Président de l'UNIS
Nous disposons d'administrateurs et de banquiers, mais nous manquons cruellement d'ingénieurs financiers capables de concevoir un système monétaire autonome. On serait tenté de les excuser, tant ils ont été formés dans un moule conçu par et pour la dépendance. Ce qu'ils savent faire se limite à ce qu'ils ont toujours pratiqué. Aujourd'hui, toute leur énergie est mobilisée pour mériter la confiance du partenaire extérieur. C'est pourquoi, face aux crises structurelles, ces autorités s'avèrent impuissantes et condamnent nos États au statu quo.
Le véritable frein à l'indépendance monétaire n'est ni la France, ni le FMI. C'est un frein purement interne.
Dans un tel contexte, la seule bataille menée par nos dirigeants consiste à se faire réintégrer par le FMI comme de bons disciples. Et le pays pousse un grand soupir de soulagement parce que l'institution accepte enfin de repêcher l'élève qui implore. Voilà le résumé de l'histoire économique du Sénégal et de nombreux pays africains.
Le manque de savoir-faire ne se limite pas au secteur industriel. En matière d'ingénierie monétaire et financière, le déficit de compétences est flagrant. En cachant cette réalité sous le tapis, on soigne les apparences, mais on refuse de poser le diagnostic de fond.
Les pays africains, dont le Sénégal, savent-ils réellement quoi faire d'une monnaie souveraine ? S'ils le savaient, ils ne subiraient pas l'humiliation des institutions internationales. Ils n'accepteraient pas la misère d'une économie sous-financée, incapable de dicter ses propres politiques économiques, et qui ne retrouve le sourire que lorsque le FMI, la Banque mondiale ou un État partenaire daignent lui accorder quelques subsides.
Le récent prêt du FMI de 1 200 milliards de francs CFA couvre à peine le montant des intérêts d'une seule année. Cela ne résoudra rien. Cet argent ne fera que transiter pour rassurer et désintéresser les créanciers, le temps que le Sénégal revienne, une fois de plus, prêter serment de bonne conduite pour garantir les paiements futurs.
Le piège de la dette africaine ne peut se comprendre qu'à travers le prisme d'une condition d'éternel subordonné. Mais c'est visiblement le cadet des soucis de nos élites. Pour elles, la liberté reste un luxe, jamais une solution.
Quant à la promesse de l'Éco pour 2027, elle n'est qu'un énième report politique destiné à esquiver le choc du réel.
Qui vivra verra.
Amadou Gueye, Président de l'UNIS

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