Le chiffre a de quoi surprendre venant d'un organisme censé traquer les dépenses inutiles de l'État fédéral. Selon un rapport publié mardi par le Government Accountability Office (GAO), équivalent américain de la Cour des comptes, l'administration Trump aurait dépensé environ 6,7 milliards de dollars en congés administratifs rémunérés dans le sillage du programme de départs volontaires lancé par Elon Musk à la tête du DOGE. Les employés ayant accepté ce dispositif — une forme de démission différée — ont continué à percevoir leur salaire jusqu'à la fin de l'exercice budgétaire, certains restant plusieurs mois sans exercer la moindre mission.
Les chiffres publiés par le GAO donnent la mesure du phénomène : par rapport à 2023, le recours aux congés payés a bondi de 435 % en 2025. Le coût salarial associé à ces congés a été multiplié par six sur la même période, tandis que le nombre total de jours de congé administratif rémunéré est passé d'environ 4 millions à 21,6 millions de jours-travail. Autre indicateur frappant : alors que seuls 600 fonctionnaires avaient bénéficié de plus de trois mois de congé payé en 2023 et 2024 réunis, ce chiffre a grimpé à près de 100 000 personnes sur la seule année 2025. Au total, le GAO estime que 144 312 fonctionnaires fédéraux ont eu recours à ce programme de démission différée.
Pour les élus dont la circonscription compte un grand nombre de fonctionnaires fédéraux, ce rapport constitue un véritable réquisitoire contre la méthode Trump-Musk. « Franchement, quelle bêtise d'avoir payé des gens à rester chez eux pendant quatre, cinq mois, voire plus, sans qu'ils aient rien à faire, alors qu'on a privé les Américains des services qu'ils rendaient », a dénoncé l'élu démocrate de Virginie Don Beyer, dont la circonscription — qui compte environ 80 000 fonctionnaires fédéraux — a vu 20 000 emplois supprimés dès le début du second mandat de Trump. « Il existe des façons d'être plus efficace, des façons de réduire les effectifs. Le DOGE l'a fait de la manière la plus stupide possible. »
Même son de cloche du côté de son collègue Suhas Subramanyam, également élu démocrate de Virginie, qui juge le coût de ces départs prévisible. « Nous disions qu'il serait plus logique de garder en poste les personnes qui luttent réellement contre le gaspillage, la fraude et les abus au sein de l'administration. Au lieu de cela, on a payé des gens à ne pas travailler, et on va continuer à voir des rapports comme celui-ci montrer combien d'argent public a été gaspillé. »
Face à ces critiques, l'administration défend le bilan financier de l'opération. Le directeur de l'Office of Personnel Management, Scott Kupor, rappelle que 270 000 fonctionnaires fédéraux ont quitté l'administration depuis le début du mandat, que ce soit via les départs volontaires, les licenciements ou d'autres dispositifs. Dans un billet de blog, il avance un raisonnement comptable : en chargeant l'intégralité des 9,5 milliards de dollars de congés payés identifiés par le GAO au seul programme de démission différée, et en évaluant le coût chargé moyen d'un fonctionnaire fédéral à environ 150 000 dollars par an, l'économie annuelle réalisée sur les 270 000 postes supprimés dépasserait les 40 milliards de dollars. Un retour sur investissement de plus de 400 % par an, selon lui, la dépense initiale étant amortie en moins de six mois. Sollicitée, la Maison-Blanche n'a pas donné suite aux demandes de commentaire.
Les détracteurs du dispositif estiment toutefois que ce calcul occulte des coûts cachés bien plus difficiles à chiffrer. Le Partnership for Public Service, organisme non partisan spécialisé dans le suivi de la fonction publique fédérale, évalue à 132 000 le nombre de fonctionnaires ayant accepté le programme de départ, auxquels s'ajoutent environ 10 000 licenciements et une vague de départs à la retraite anticipés ou classiques — portant à 319 000 le nombre total de départs enregistrés en 2025, soit le double de la moyenne annuelle habituelle. Le même organisme relève que l'administration a dû recruter 20 557 nouveaux employés pour combler les postes vacants laissés par ces départs, des recrues généralement « moins expérimentées » que leurs prédécesseurs.
« Tout ce travail que ces gens accomplissaient, comment est-il désormais effectué ? Ont-ils sous-traité une partie de ces missions ? Ont-ils réembauché du personnel pour accomplir le même travail, ce que l'on sait qu'ils ont fait dans certains cas ? », interroge Andrew Huddleston, directeur du plaidoyer au sein de l'American Federation of Government Employees, le plus grand syndicat de fonctionnaires fédéraux du pays. « Il faut mettre tout cela en balance pour espérer démontrer de véritables économies dans la durée, et je ne suis pas certain qu'ils l'aient fait, ni qu'ils prévoient de le faire. Mais même les chiffres bruts avancés ici sont, je crois, de nature à choquer la plupart des Américains. »
Don Beyer insiste de son côté sur la perte de savoir-faire que représentent ces départs massifs. « On a vu, encore et encore, à quel point il est stupide de pousser dehors des gens qui exercent le même poste depuis vingt, vingt-cinq ou trente ans et qui le maîtrisent parfaitement, que ce soit via le DOGE, les licenciements collectifs ou d'autres dispositifs. Il faut ensuite embaucher des gens totalement novices, à qui il faudra des mois, voire des années, pour atteindre le même niveau de compétence », explique-t-il, évoquant les procédures de réduction d'effectifs (RIF) utilisées par l'administration pour mener à bien ces licenciements. « Ce ne sont pas de mauvaises personnes ; elles repartent simplement de zéro. »
L'élu démocrate du Maryland Glenn Ivey, dont la circonscription compte également de nombreux fonctionnaires fédéraux, dénonce quant à lui une politique de coupes menée sans aucune vision d'ensemble des programmes affectés. Selon lui, Elon Musk a agi « comme un fou brandissant une tronçonneuse, en s'entourant de gens qui ne savaient rien des agences où ils opéraient ces coupes, ni des programmes et politiques qu'ils étaient en train de saborder ». Une gestion qu'il qualifie de « l'une des entreprises de mauvaise gestion les plus flagrantes » qu'il ait observées en cinquante ans de carrière dans la capitale fédérale.
Suhas Subramanyam va plus loin, estimant que le rapport du GAO ne représente qu'une « estimation prudente » du coût réel de l'opération, qui devrait selon lui intégrer les pertes de programmes et d'expertise à plus long terme. « Une personne qui travaille sur la sécurité alimentaire et qui part après avoir reçu sa lettre de licenciement, et qu'ensuite une épidémie de salmonelle éclate parce qu'elle n'est plus là pour la prévenir — on peut mettre un montant en dollars là-dessus. Mais comment évaluer les cancers qu'on n'a pas soignés, les maladies qu'on n'a pas empêchées, ou les guerres qu'on n'a pas déclenchées ? », interroge-t-il, ajoutant que cette politique risque également de dissuader durablement de nouveaux talents de rejoindre la fonction publique fédérale, longtemps perçue comme un employeur offrant sécurité de l'emploi et sens du service public, quel que soit le locataire de la Maison-Blanche.
Ce nouveau rapport vient s'ajouter à une série d'autres publications critiques envers le bilan du DOGE, accusé d'avoir systématiquement surestimé l'ampleur de ses économies. Un précédent rapport du GAO publié en août avait notamment révélé que le fameux « mur des reçus » de l'agence s'attribuait le mérite de mesures d'économies déjà engagées avant sa création, et que 96 % des économies revendiquées par le DOGE n'avaient pu être vérifiées faute d'informations suffisantes fournies par l'agence elle-même.
Pour Andrew Huddleston, l'administration n'a toujours pas démontré que le DOGE avait tenu ses promesses. « Cela a coûté extraordinairement cher aux contribuables américains, et on ne sait toujours pas très bien ce qu'on en a réellement retiré. Je ne pense pas que si l'on demandait aujourd'hui aux Américains si le gouvernement fonctionne de manière plus efficace, ils répondraient par l'affirmative », conclut-il. « Ça ne me donne pas cette impression. […] Toute cette entreprise ressemble à un échec colossal. »
Les chiffres publiés par le GAO donnent la mesure du phénomène : par rapport à 2023, le recours aux congés payés a bondi de 435 % en 2025. Le coût salarial associé à ces congés a été multiplié par six sur la même période, tandis que le nombre total de jours de congé administratif rémunéré est passé d'environ 4 millions à 21,6 millions de jours-travail. Autre indicateur frappant : alors que seuls 600 fonctionnaires avaient bénéficié de plus de trois mois de congé payé en 2023 et 2024 réunis, ce chiffre a grimpé à près de 100 000 personnes sur la seule année 2025. Au total, le GAO estime que 144 312 fonctionnaires fédéraux ont eu recours à ce programme de démission différée.
Pour les élus dont la circonscription compte un grand nombre de fonctionnaires fédéraux, ce rapport constitue un véritable réquisitoire contre la méthode Trump-Musk. « Franchement, quelle bêtise d'avoir payé des gens à rester chez eux pendant quatre, cinq mois, voire plus, sans qu'ils aient rien à faire, alors qu'on a privé les Américains des services qu'ils rendaient », a dénoncé l'élu démocrate de Virginie Don Beyer, dont la circonscription — qui compte environ 80 000 fonctionnaires fédéraux — a vu 20 000 emplois supprimés dès le début du second mandat de Trump. « Il existe des façons d'être plus efficace, des façons de réduire les effectifs. Le DOGE l'a fait de la manière la plus stupide possible. »
Même son de cloche du côté de son collègue Suhas Subramanyam, également élu démocrate de Virginie, qui juge le coût de ces départs prévisible. « Nous disions qu'il serait plus logique de garder en poste les personnes qui luttent réellement contre le gaspillage, la fraude et les abus au sein de l'administration. Au lieu de cela, on a payé des gens à ne pas travailler, et on va continuer à voir des rapports comme celui-ci montrer combien d'argent public a été gaspillé. »
Face à ces critiques, l'administration défend le bilan financier de l'opération. Le directeur de l'Office of Personnel Management, Scott Kupor, rappelle que 270 000 fonctionnaires fédéraux ont quitté l'administration depuis le début du mandat, que ce soit via les départs volontaires, les licenciements ou d'autres dispositifs. Dans un billet de blog, il avance un raisonnement comptable : en chargeant l'intégralité des 9,5 milliards de dollars de congés payés identifiés par le GAO au seul programme de démission différée, et en évaluant le coût chargé moyen d'un fonctionnaire fédéral à environ 150 000 dollars par an, l'économie annuelle réalisée sur les 270 000 postes supprimés dépasserait les 40 milliards de dollars. Un retour sur investissement de plus de 400 % par an, selon lui, la dépense initiale étant amortie en moins de six mois. Sollicitée, la Maison-Blanche n'a pas donné suite aux demandes de commentaire.
Les détracteurs du dispositif estiment toutefois que ce calcul occulte des coûts cachés bien plus difficiles à chiffrer. Le Partnership for Public Service, organisme non partisan spécialisé dans le suivi de la fonction publique fédérale, évalue à 132 000 le nombre de fonctionnaires ayant accepté le programme de départ, auxquels s'ajoutent environ 10 000 licenciements et une vague de départs à la retraite anticipés ou classiques — portant à 319 000 le nombre total de départs enregistrés en 2025, soit le double de la moyenne annuelle habituelle. Le même organisme relève que l'administration a dû recruter 20 557 nouveaux employés pour combler les postes vacants laissés par ces départs, des recrues généralement « moins expérimentées » que leurs prédécesseurs.
« Tout ce travail que ces gens accomplissaient, comment est-il désormais effectué ? Ont-ils sous-traité une partie de ces missions ? Ont-ils réembauché du personnel pour accomplir le même travail, ce que l'on sait qu'ils ont fait dans certains cas ? », interroge Andrew Huddleston, directeur du plaidoyer au sein de l'American Federation of Government Employees, le plus grand syndicat de fonctionnaires fédéraux du pays. « Il faut mettre tout cela en balance pour espérer démontrer de véritables économies dans la durée, et je ne suis pas certain qu'ils l'aient fait, ni qu'ils prévoient de le faire. Mais même les chiffres bruts avancés ici sont, je crois, de nature à choquer la plupart des Américains. »
Don Beyer insiste de son côté sur la perte de savoir-faire que représentent ces départs massifs. « On a vu, encore et encore, à quel point il est stupide de pousser dehors des gens qui exercent le même poste depuis vingt, vingt-cinq ou trente ans et qui le maîtrisent parfaitement, que ce soit via le DOGE, les licenciements collectifs ou d'autres dispositifs. Il faut ensuite embaucher des gens totalement novices, à qui il faudra des mois, voire des années, pour atteindre le même niveau de compétence », explique-t-il, évoquant les procédures de réduction d'effectifs (RIF) utilisées par l'administration pour mener à bien ces licenciements. « Ce ne sont pas de mauvaises personnes ; elles repartent simplement de zéro. »
L'élu démocrate du Maryland Glenn Ivey, dont la circonscription compte également de nombreux fonctionnaires fédéraux, dénonce quant à lui une politique de coupes menée sans aucune vision d'ensemble des programmes affectés. Selon lui, Elon Musk a agi « comme un fou brandissant une tronçonneuse, en s'entourant de gens qui ne savaient rien des agences où ils opéraient ces coupes, ni des programmes et politiques qu'ils étaient en train de saborder ». Une gestion qu'il qualifie de « l'une des entreprises de mauvaise gestion les plus flagrantes » qu'il ait observées en cinquante ans de carrière dans la capitale fédérale.
Suhas Subramanyam va plus loin, estimant que le rapport du GAO ne représente qu'une « estimation prudente » du coût réel de l'opération, qui devrait selon lui intégrer les pertes de programmes et d'expertise à plus long terme. « Une personne qui travaille sur la sécurité alimentaire et qui part après avoir reçu sa lettre de licenciement, et qu'ensuite une épidémie de salmonelle éclate parce qu'elle n'est plus là pour la prévenir — on peut mettre un montant en dollars là-dessus. Mais comment évaluer les cancers qu'on n'a pas soignés, les maladies qu'on n'a pas empêchées, ou les guerres qu'on n'a pas déclenchées ? », interroge-t-il, ajoutant que cette politique risque également de dissuader durablement de nouveaux talents de rejoindre la fonction publique fédérale, longtemps perçue comme un employeur offrant sécurité de l'emploi et sens du service public, quel que soit le locataire de la Maison-Blanche.
Ce nouveau rapport vient s'ajouter à une série d'autres publications critiques envers le bilan du DOGE, accusé d'avoir systématiquement surestimé l'ampleur de ses économies. Un précédent rapport du GAO publié en août avait notamment révélé que le fameux « mur des reçus » de l'agence s'attribuait le mérite de mesures d'économies déjà engagées avant sa création, et que 96 % des économies revendiquées par le DOGE n'avaient pu être vérifiées faute d'informations suffisantes fournies par l'agence elle-même.
Pour Andrew Huddleston, l'administration n'a toujours pas démontré que le DOGE avait tenu ses promesses. « Cela a coûté extraordinairement cher aux contribuables américains, et on ne sait toujours pas très bien ce qu'on en a réellement retiré. Je ne pense pas que si l'on demandait aujourd'hui aux Américains si le gouvernement fonctionne de manière plus efficace, ils répondraient par l'affirmative », conclut-il. « Ça ne me donne pas cette impression. […] Toute cette entreprise ressemble à un échec colossal. »
ACCUEIL

