Menu

Réarmement européen: les États-Unis ne facilitent pas l'autonomie de la défense du Vieux Continent

Alors que la guerre en Ukraine accélère les plans de réarmement européens, l'OTAN reste dépendante de l'architecture de commandement et d'intégration américaine. Les positions changeantes de Washington constituent un défi constant pour les responsables de la défense européenne, à l'approche du sommet de l'OTAN prévu le 7 juillet à Ankara.



Quelques heures après que le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a accusé les membres européens de l'OTAN de profiter du système sans contribuer suffisamment, et averti que les États-Unis allaient retirer des troupes, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, affichait pourtant un large sourire, après avoir vu des images d'une raffinerie pétrolière moscovite en flammes suite à une frappe ukrainienne.

La réunion des ministres de la Défense de l'OTAN à Bruxelles n'était que le dernier épisode d'une série d'événements redéfinissant les relations entre l'Europe et Washington. Un an et demi après le retour de Donald Trump à la présidence américaine, les planificateurs et stratèges européens de l'Alliance doivent composer avec des annonces fréquentes et imprévisibles réduisant l'engagement américain en Europe.

Des retraits d'effectifs en cascade

Les annonces et décisions américaines se sont multipliées depuis le début de 2026. Selon une fuite parvenue au quotidien allemand Die Welt, Washington aurait déjà informé ses alliés de son intention de réduire de 150 à 100 le nombre d'avions de chasse alloués à l'OTAN, de retirer huit avions ravitailleurs, de réduire de 26 à 15 les avions de patrouille maritime, et de retirer un groupe aéronaval ainsi qu'au moins un sous-marin lance-missiles de croisière.

Des incertitudes demeurent également sur l'avenir du V Corps de l'armée américaine, présent en Pologne depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022. Les autorités polonaises s'étaient inquiétées de rapports évoquant l'annulation du déploiement rotatif de 4 000 soldats américains, avant que Trump n'annonce en mai l'envoi de 5 000 troupes supplémentaires, sans qu'il soit établi un lien avec le retrait annoncé début mai de 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne.

Washington avait par ailleurs discrètement envoyé un détachement de 15 chars Abrams en Estonie, un signal adressé à Moscou.

S'exprimant en mai au Naval War College, le responsable des questions de politique de défense au Pentagone, Elbridge Colby, a affirmé que Washington restait engagé dans une stratégie de « dissuasion par le déni », s'appuyant sur des forces avancées limitées, des systèmes de haute technologie et le soutien des alliés, ainsi que sur la dissuasion nucléaire américaine.

**Washington se recentre sur ses intérêts prioritaires**

Colby a toutefois averti que les États-Unis devaient adapter leurs stratégies actuelles et futures pour maintenir les coûts et les risques d'un conflit en cohérence avec les intérêts réels du pays.

Les succès de l'Ukraine face à la Russie, obtenus principalement grâce au soutien européen — notamment britannique, français et allemand — renforcent la confiance des dirigeants européens dans leurs propres capacités de défense. Cette collaboration en temps réel avec Kiev influence directement la planification des arsenaux et infrastructures à l'horizon 2029, date à laquelle les planificateurs de l'OTAN estiment que la Russie pourrait être en mesure de mener une offensive vers l'est.

Les responsables français et allemands ont notamment insisté sur la nécessité de développer des solutions strictement européennes permettant de combattre sans soutien américain si nécessaire. L'Allemagne a fortement augmenté son budget de défense, tandis que d'autres pays, comme le Royaume-Uni, se montrent plus lents dans cette dynamique.

La dépendance technologique, un problème non résolu

Selon Ruben Stewart, chercheur senior à l'International Institute for Strategic Studies, la planification de défense européenne a toujours reposé sur l'hypothèse implicite que les capacités américaines sous-tendaient le commandement, l'intégration et la portée opérationnelle de l'Alliance. Sans ce soutien, les forces européennes resteraient capables mais plus faiblement coordonnées entre elles.

Les responsables européens se plaignent également de plus en plus du manque de partage, par Washington, des flux d'informations alimentant le système Maven Smart System, développé par l'entreprise américaine Palantir, qui a constitué l'épine dorsale du ciblage américain lors de l'attaque contre l'Iran cette année.

Fait marquant : lors de la conférence sur la guerre terrestre organisée cette semaine à Londres par l'armée britannique, et qui a réuni des chefs d'état-major de toute l'Europe ainsi que du Canada, aucun responsable américain ne s'est présenté, une première depuis longtemps.

Le général Sir Roly Walker, chef de l'armée britannique, a souligné que les commandants britanniques avaient été spécifiquement chargés par le général américain Chris Donahue, commandant terrestre de l'OTAN, de contribuer à définir les règles du partage de données entre Washington et ses alliés. Cependant, dès le mercredi suivant, plusieurs médias américains ont rapporté que Hegseth avait procédé au limogeage du général Donahue.

Le même jour, Trump aurait déclaré aux journalistes que ce qu'il attendait des pays de l'OTAN était avant tout de la « loyauté », alors que le secrétaire général Mark Rutte se trouvait à ses côtés.

Ces contradictions ne devraient pas trouver de résolution lors du sommet d'Ankara, prévu le 7 juillet, et délibérément conçu pour limiter les désaccords publics, même si les discussions en coulisses devraient être nombreuses.

Rédigé par le Samedi 27 Juin 2026 à 15:13


Nouveau commentaire :

A LA UNE | Actualite | People | Sport | Economie | Faits-Divers | Afrique | International | Entertainment | Clip Videos | Sciences et Technologies | Sante | REPLAY TV | VIDEOS | LES SERIES TV | People International | Politique | Contribution | Télévision en Direct | News in English | CGU | Bourse Finance | Coupe du monde 2026









Inscription à la newsletter