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22 mars 1967 : la tentative d’assassinat de Léopold Sédar Senghor par Moustapha Lô



Le 15 juin 1967, à l’aube, dans le silence encore lourd de la nuit, le champ de tir de Mbao devient le théâtre d’un moment rare et grave dans l’histoire du Sénégal indépendant.

Un homme s’avance face à un peloton d’exécution. Il a 34 ans. Il s’appelle Moustapha Lô.

En quelques secondes, tout est accompli.

Mais derrière cette fin brutale se cache une histoire plus complexe, faite de convictions politiques, de tensions nationales et d’un geste dont le sens continue, aujourd’hui encore, d’interroger la mémoire collective.

Né en 1933 à Tivaouane, Moustapha Lô grandit dans l’univers structuré des grandes familles religieuses de Sébikhotane. Héritier d’une tradition maraboutique respectée, il reçoit une formation solide, à la fois spirituelle et intellectuelle. Mais son parcours s’inscrit aussi dans un moment charnière : celui d’un Sénégal fraîchement indépendant, traversé par des tensions politiques profondes. Très tôt, il développe des convictions fortes, nourries par les débats qui agitent le jeune État.

Le 22 mars 1967, jour de Tabaski, Dakar est plongée dans la ferveur religieuse. À la Grande Mosquée, le président Léopold Sédar Senghor participe à la prière. Soudain, un homme s’approche. Moustapha Lô sort un pistolet automatique de calibre 7,65 mm et vise le chef de l’État. Le geste est net. L’intention semble irrévocable. Mais le coup ne part pas. L’arme s’enraye.

En quelques secondes, il est maîtrisé par les forces de sécurité, notamment par le commissaire Sadibou Ndiaye. Le président est sauf. Mais le choc est immense : pour la première fois, le pouvoir sénégalais est directement défié, au cœur même d’un lieu sacré.

Contrairement à certaines interprétations, Moustapha Lô n’est ni un marginal ni un déséquilibré. Il est un homme engagé, proche des idées de Mamadou Dia, emprisonné depuis la crise politique de 1962. Dans un contexte de concentration du pouvoir, son geste apparaît comme une protestation radicale.

Des décennies plus tard, une autre lecture émerge. Dans son ouvrage publié en 2023, son frère Abdoulaye Lô avance une thèse selon laquelle l’arme n’était pas chargée et que l’acte visait à produire un effet symbolique.

Le Sénégal de 1967 est un État jeune, encore en quête de stabilité. Face à ce geste, la réponse est rapide. Jugé par une Cour spéciale de sûreté de l’État, Moustapha Lô est condamné à mort pour haute trahison et tentative d’assassinat.

Malgré les appels à la clémence, le président Léopold Sédar Senghor refuse d’exercer son droit de grâce.

Le 15 juin 1967, à Mbao, Moustapha Lô est exécuté par fusillade.

Il laisse derrière lui une famille, un nom longtemps tu, et une histoire restée en suspens pendant des décennies. Quelques mois plus tard, Abdou N’Daffa Faye sera à son tour exécuté, mais là, c’est une autre histoire.

Rédigé par Kamalenba le Dimanche 22 Mars 2026 à 17:39


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