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Médias au Sénégal: quatre mois après la réforme, le CNRM toujours dans l’attente de son installation

Quatre mois après la promulgation de la loi n° 2026-09 portant création du Conseil national de Régulation des Médias (CNRM), le nouvel organe de régulation n’a toujours pas été installé. En attendant la nomination de ses douze membres, le CNRA continue d’assurer ses missions dans le cadre des dispositions transitoires. Une situation qui illustre le décalage entre un cadre juridique désormais adapté aux plateformes numériques et une architecture institutionnelle encore en transition.



Une réforme juridique déjà entrée en vigueur

La réforme du paysage médiatique sénégalais a franchi une étape majeure en 2026 avec l’adoption, par l’Assemblée nationale, du texte instituant le CNRM.

Adoptée le 3 mars 2026, la loi a fait l’objet d’un recours devant le Conseil constitutionnel. Vingt-trois députés avaient saisi la juridiction le 10 mars afin de contester plusieurs dispositions.

Dans sa décision rendue le 7 avril 2026, le Conseil constitutionnel a censuré certaines dispositions relatives notamment aux sanctions et encadré plusieurs pouvoirs attribués au futur régulateur.

La loi n° 2026-09 a finalement été promulguée le 10 avril 2026, avant sa publication au Journal officiel le 22 avril.

Mais, plusieurs mois après cette promulgation, le CNRM n’a toujours pas officiellement pris ses fonctions.

Le CNRA continue d'assurer la transition

En attendant la nomination des douze membres du nouveau Conseil, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) poursuit ses activités conformément aux dispositions transitoires prévues par la nouvelle législation.

Cette période de transition intervient alors même que le nouveau cadre juridique est déjà particulièrement large.

Le CNRM n’est plus uniquement pensé comme un régulateur de la radio et de la télévision. Son champ couvre également la presse écrite, la presse en ligne, les plateformes numériques, les plateformes de partage et les créateurs de contenus.

Une évolution qui répond à la transformation profonde du paysage médiatique sénégalais.

De la télévision aux réseaux sociaux : un paysage bouleversé

Lorsque le CNRA a été créé en 2006, la télévision et la radio constituaient encore les principaux vecteurs de diffusion audiovisuelle.

Vingt ans plus tard, les frontières sont devenues beaucoup plus floues.

Une émission télévisée peut être diffusée simultanément sur YouTube et Facebook, découpée en extraits pour TikTok et relayée sur différents sites d'information.

Parallèlement, des web TV, influenceurs et créateurs de contenus construisent désormais des audiences importantes sans nécessairement appartenir aux entreprises de presse traditionnelles.

C’est cet écosystème que le CNRM doit désormais intégrer dans son approche de la régulation.

L'audience devient également un enjeu économique

L'une des innovations importantes du nouveau dispositif concerne la certification des audiences.

Cette compétence dépasse largement la seule question éditoriale.

Dans l’économie des médias, l’audience constitue une donnée commerciale essentielle. Elle permet aux médias de valoriser leurs espaces publicitaires et intervient directement dans leurs négociations avec les annonceurs.

Télévisions, radios, journaux en ligne, web TV et plateformes numériques se retrouvent ainsi en concurrence pour capter une partie des budgets publicitaires.

L’intervention du régulateur dans la certification des audiences pourrait donc avoir des conséquences importantes sur le marché publicitaire sénégalais.

Des sanctions pouvant toucher les plateformes internationales

La réforme entend également s’appliquer à certaines plateformes numériques étrangères dont les services sont accessibles au Sénégal.

Pour certaines infractions prévues par la loi, les sanctions peuvent atteindre 2 % du chiffre d’affaires hors taxes réalisé au Sénégal.

D’autres sanctions pécuniaires peuvent, selon les acteurs concernés et la nature des manquements, atteindre plusieurs dizaines de millions de francs CFA, avec un plafond annoncé de 100 millions de FCFA pour certaines catégories.

Cette disposition traduit la volonté du législateur de ne plus laisser totalement en dehors du champ de la régulation les grandes plateformes numériques opérant auprès du public sénégalais.

Une question centrale : qui sera réellement concerné ?

L’un des principaux défis du futur régulateur sera de déterminer comment appliquer les nouvelles obligations à des acteurs aux profils très différents.

Une télévision disposant d'une rédaction professionnelle, une web TV organisée comme une entreprise, un influenceur vivant de contrats publicitaires et un simple utilisateur publiant occasionnellement des commentaires sur l’actualité peuvent utiliser les mêmes plateformes numériques.

Pour autant, ils n'exercent pas nécessairement la même activité et ne disposent ni des mêmes responsabilités ni des mêmes moyens.

La frontière entre média, créateur de contenu, divertissement et activité commerciale sera donc l’un des dossiers sensibles auxquels le CNRM devra s’attaquer.

Douze membres contre neuf pour le CNRA

Le nouveau Conseil sera composé de douze membres, contre neuf pour le CNRA.

Les membres seront nommés pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois.

Le CNRM disposera du statut d’autorité administrative indépendante, avec une autonomie financière et un rattachement à la Présidence de la République.

Compte tenu de l’étendue de ses prérogatives, les conditions de nomination et d’exercice de ses membres seront particulièrement observées.

Ses décisions pourront en effet avoir des conséquences à la fois sur les entreprises médiatiques, les plateformes numériques, les créateurs de contenus et, plus largement, sur la liberté d’expression.

Le CNRM ne régulera pas tout Internet

Malgré l’élargissement considérable de son champ d’intervention, le futur régulateur ne sera pas pour autant responsable de toutes les activités numériques.

La protection des données personnelles, la cybersécurité, les communications électroniques, certaines questions de concurrence et les infractions pénales continuent de relever d'autres textes et institutions.

Une même publication en ligne peut donc soulever plusieurs problématiques juridiques relevant d'autorités différentes.

Une réforme désormais confrontée à l'épreuve du terrain

Le Sénégal se trouve aujourd’hui dans une phase particulière : le nouveau cadre juridique existe, mais l’institution chargée de l’appliquer n’est pas encore opérationnelle.

Le CNRA assure donc provisoirement la continuité de la régulation tandis que le pays attend la nomination et l’installation des douze membres du CNRM.

L’enjeu dépasse désormais la simple création d’une nouvelle autorité. Il s’agira de déterminer comment appliquer concrètement une réglementation conçue pour un paysage médiatique où les frontières entre télévision, presse en ligne, réseaux sociaux, plateformes et création de contenus sont devenues extrêmement perméables.

L’installation effective du CNRM constituera ainsi la véritable première étape de cette nouvelle ère de la régulation médiatique au Sénégal.

Rédigé par le Mercredi 12 Août 2026 à 22:45


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