Au lendemain du lancement d'un nouveau parti présidentiel et à l'occasion d'une visite du chef de l'État à Touba en prélude au Grand Magal, un message du porte-parole du Khalife général des Mourides a suscité une réflexion approfondie de l'économiste Abdourahmane Sarr, président du parti CEFDEL et ancien ministre de l'Économie. Dans une publication largement partagée, il propose une lecture politique et philosophique de cet appel à privilégier la "nguurma" plutôt que le "fëtël".
Un message religieux relu à travers le prisme politique
Selon Abdourahmane Sarr, le message transmis à Touba appelait à éviter le "fëtël" et à privilégier la "nguurma", deux notions puisées dans la langue wolof dont il a dû, selon ses propres mots, approfondir le sens pour en saisir toute la portée. Cette invitation religieuse, adressée dans un contexte politique particulier, l'a conduit à établir un parallèle avec un texte plus ancien : les réflexions de la philosophe française Simone Weil sur la place des partis politiques en démocratie.
Simone Weil et la critique des partis politiques
L'économiste rappelle que Simone Weil considérait que les partis politiques finissent souvent par privilégier leur propre intérêt au détriment de la recherche de la vérité et du bien commun. Selon cette lecture, l'adhésion à un parti pourrait progressivement restreindre la liberté de jugement de ses membres, le militant en venant à se demander davantage ce que pense son parti que ce qui est juste. Abdourahmane Sarr précise toutefois ne pas partager la conclusion de la philosophe, qui plaidait pour la suppression pure et simple des partis politiques.
Des partis nécessaires à la démocratie, mais dont le rôle évolue avec le pouvoir
Pour Abdourahmane Sarr, une démocratie ne peut fonctionner sans organisation collective, les idées ayant besoin d'être portées et structurées pour transformer une société. Il rappelle avoir lui-même défendu, par le passé, l'idée que la souveraineté ne se décrète pas mais se construit, une formule qu'il estime avoir vu reprise et adaptée depuis par d'autres responsables politiques. Il se félicite de voir émerger, selon lui, un consensus plus large autour de cette conception exigeante de la souveraineté, qu'il considère désormais comme un patrimoine intellectuel commun plutôt que la propriété d'un seul acteur politique.
Il distingue ensuite deux moments dans la vie démocratique : la conquête du pouvoir, où les partis politiques demeurent des instruments indispensables, et l'exercice du pouvoir, où leur rôle se transforme. Un président élu, selon lui, doit gouverner en cohérence avec le programme sur lequel il a reçu la confiance des citoyens, ce qui ne relève pas, à ses yeux, du "fëtël". Ce dernier apparaîtrait plutôt, selon sa lecture, lorsque les convictions cèdent la place au favoritisme, ou lorsque les citoyens sont traités différemment selon leur proximité avec le pouvoir.
La "nguurma" comme exigence de hauteur d'État
Abdourahmane Sarr définit la "nguurma" comme la capacité à exercer le pouvoir avec impartialité et sens de l'intérêt général, sans pour autant renoncer aux convictions ayant permis la victoire démocratique. Il estime que ce message prend un relief particulier dans un contexte où le paysage politique se structure désormais autour de deux grands pôles issus d'une même dynamique électorale, une configuration qui accroîtrait naturellement la tentation partisane.
Une mise en garde tournée vers l'avenir du débat public
L'économiste conclut en soulignant que l'avertissement de Simone Weil sur la liberté de jugement reste, selon lui, pleinement actuel, tant pour les gouvernants que pour ceux qui participent au débat public. Il estime que la démocratie n'a pas besoin de moins de partis ni de moins de convictions, mais de partis capables d'organiser ces convictions sans céder au "fëtël", en faisant toujours prévaloir la "nguurma". Il anticipe enfin que si un consensus se dessine sur les orientations politiques, le débat futur portera davantage sur les personnes appelées à les incarner, sur leur crédibilité et leur relation de confiance avec la population.
Cette réflexion d'Abdourahmane Sarr illustre la manière dont un message religieux prononcé à Touba a pu être mobilisé pour nourrir un débat plus large sur l'exercice du pouvoir et le rôle des partis politiques dans le contexte sénégalais actuel. Elle reflète un point de vue personnel de son auteur et ne constitue pas une prise de position de la rédaction.
Un message religieux relu à travers le prisme politique
Selon Abdourahmane Sarr, le message transmis à Touba appelait à éviter le "fëtël" et à privilégier la "nguurma", deux notions puisées dans la langue wolof dont il a dû, selon ses propres mots, approfondir le sens pour en saisir toute la portée. Cette invitation religieuse, adressée dans un contexte politique particulier, l'a conduit à établir un parallèle avec un texte plus ancien : les réflexions de la philosophe française Simone Weil sur la place des partis politiques en démocratie.
Simone Weil et la critique des partis politiques
L'économiste rappelle que Simone Weil considérait que les partis politiques finissent souvent par privilégier leur propre intérêt au détriment de la recherche de la vérité et du bien commun. Selon cette lecture, l'adhésion à un parti pourrait progressivement restreindre la liberté de jugement de ses membres, le militant en venant à se demander davantage ce que pense son parti que ce qui est juste. Abdourahmane Sarr précise toutefois ne pas partager la conclusion de la philosophe, qui plaidait pour la suppression pure et simple des partis politiques.
Des partis nécessaires à la démocratie, mais dont le rôle évolue avec le pouvoir
Pour Abdourahmane Sarr, une démocratie ne peut fonctionner sans organisation collective, les idées ayant besoin d'être portées et structurées pour transformer une société. Il rappelle avoir lui-même défendu, par le passé, l'idée que la souveraineté ne se décrète pas mais se construit, une formule qu'il estime avoir vu reprise et adaptée depuis par d'autres responsables politiques. Il se félicite de voir émerger, selon lui, un consensus plus large autour de cette conception exigeante de la souveraineté, qu'il considère désormais comme un patrimoine intellectuel commun plutôt que la propriété d'un seul acteur politique.
Il distingue ensuite deux moments dans la vie démocratique : la conquête du pouvoir, où les partis politiques demeurent des instruments indispensables, et l'exercice du pouvoir, où leur rôle se transforme. Un président élu, selon lui, doit gouverner en cohérence avec le programme sur lequel il a reçu la confiance des citoyens, ce qui ne relève pas, à ses yeux, du "fëtël". Ce dernier apparaîtrait plutôt, selon sa lecture, lorsque les convictions cèdent la place au favoritisme, ou lorsque les citoyens sont traités différemment selon leur proximité avec le pouvoir.
La "nguurma" comme exigence de hauteur d'État
Abdourahmane Sarr définit la "nguurma" comme la capacité à exercer le pouvoir avec impartialité et sens de l'intérêt général, sans pour autant renoncer aux convictions ayant permis la victoire démocratique. Il estime que ce message prend un relief particulier dans un contexte où le paysage politique se structure désormais autour de deux grands pôles issus d'une même dynamique électorale, une configuration qui accroîtrait naturellement la tentation partisane.
Une mise en garde tournée vers l'avenir du débat public
L'économiste conclut en soulignant que l'avertissement de Simone Weil sur la liberté de jugement reste, selon lui, pleinement actuel, tant pour les gouvernants que pour ceux qui participent au débat public. Il estime que la démocratie n'a pas besoin de moins de partis ni de moins de convictions, mais de partis capables d'organiser ces convictions sans céder au "fëtël", en faisant toujours prévaloir la "nguurma". Il anticipe enfin que si un consensus se dessine sur les orientations politiques, le débat futur portera davantage sur les personnes appelées à les incarner, sur leur crédibilité et leur relation de confiance avec la population.
Cette réflexion d'Abdourahmane Sarr illustre la manière dont un message religieux prononcé à Touba a pu être mobilisé pour nourrir un débat plus large sur l'exercice du pouvoir et le rôle des partis politiques dans le contexte sénégalais actuel. Elle reflète un point de vue personnel de son auteur et ne constitue pas une prise de position de la rédaction.

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