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Abdourahmane Sarr livre son message pour la postérité lors de sa passation de service

Un grand moment d'élégance républicaine et de transmission intellectuelle ! À l'occasion de sa passation de service avec son successeur Monsieur Cheikh Diba, le ministre sortant de l'Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a livré un message d'adieu historique, empreint de sérénité, de gratitude et de convictions profondes.



Mon discours de Passation pour la Postérité
C'est avec émotion, gratitude et sérénité que je prends aujourd'hui la parole à l'occasion de cette cérémonie de passation de service.
Je voudrais d'abord exprimer ma reconnaissance au Président de la République, Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, ainsi qu'à l'ancien Premier Ministre et Président de l'Assemblée nationale, Monsieur Ousmane Sonko, pour la confiance qu'ils m'ont accordée en me permettant de servir notre pays comme ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération.
Je tiens également à remercier l'ensemble des agents du ministère, les administrations partenaires, ainsi que nos partenaires au développement qui ont contribué au travail accompli durant cette période. Servir le Sénégal est un privilège. C'est aussi une responsabilité qui dépasse les personnes. Durant cette période, nous avons contribué à poser plusieurs jalons importants pour l'avenir de notre pays.
Nous avons participé à l'élaboration et à la mise en œuvre de la Vision Sénégal 2050 dans sa première déclinaison quinquennale 2025-2029.
Nous avons élaboré la Stratégie nationale de développement du secteur privé et de promotion de l'investissement, fondée notamment sur la liberté économique, et la valorisation des identités remarquables de nos territoires et de leurs opportunités choisies.
Nous avons engagé une stratégie de coopération économique et financière davantage alignée sur les priorités nationales de développement.
Nous avons renforcé la transparence du débat macroéconomique et contribué à une meilleure compréhension collective des défis de notre économie par la production d’un rapport macroéconomique trimestriel, un leg au Sénégal de mon centre d’études.
Nous avons promu les partenariats public-privé, notamment le recyclage d'actifs qui est l’autre revers de notre endettement, ainsi que de nouvelles approches de mobilisation de l'épargne nationale notamment celle de la diaspora.
Nous avons poursuivi la construction d'une vision territoriale fondée sur les pôles de développement, leurs villes épicentres, et leur insertion dans les dynamiques économiques régionales et internationales.
Ces chantiers ne m'appartiennent pas. Ils appartiennent au Sénégal. Ils devraient être poursuivis, enrichis et améliorés par celles et ceux qui ont aujourd'hui la responsabilité de conduire l'action publique.
Mesdames et Messieurs,
En 2019, lors de la création d'une architecture institutionnelle séparant les fonctions économiques et de planification des fonctions financières et budgétaires, j'avais publié un article dans lequel je défendais une plus grande intégration de ces responsabilités stratégiques de l'État.
Ma conviction était simple : les politiques économiques, budgétaires, financières et de planification, produisent davantage de résultats lorsqu'elles sont conçues et conduites dans un cadre cohérent unifié. L'enjeu n'était pas organisationnel. L'enjeu était stratégique.
Je me réjouis de constater qu'aujourd'hui cette vision trouve une traduction institutionnelle à travers la renaissance du Ministère de l'Économie, des Finances et du Plan. Au-delà des organigrammes, ce qui compte est la cohérence de l'action publique. Le respect de cette cohérence sera essentiel entre vos deux ministres délégués. Cadrage macroéconomique et stratégie d’endettement, maturation des projets, respect de la disponibilité des espaces budgétaires à moyen terme par axe, par pôle, et par ministère, effet de levier avec le privé sur les disponibilités budgétaires et qualité de la dépense. L’ensemble de ces fonctions relèvent d’un travail en amont par l’économie et le plan.
Le développement exige de la continuité, de la coordination et de la persévérance. Les politiques publiques ne doivent pas être réinventées à chaque changement d'équipe. Elles doivent être évaluées, améliorées et poursuivies lorsqu'elles servent l'intérêt général.
Cette expérience au gouvernement a également renforcé plusieurs convictions qui m'animent depuis de nombreuses années. Je demeure convaincu que la liberté économique, l'initiative privée, la concurrence, l'innovation, la responsabilité individuelle et collective ainsi que la discipline macroéconomique constituent les fondements indispensables de la productivité et du développement durable.
La création de richesses précède leur redistribution mais la protection sociale est essentielle. L'investissement productif précède la prospérité durable. La confiance précède l'accumulation du capital et la stabilité macroéconomique demeure le socle sur lequel se construisent les ambitions nationales. De ce dernier point de vue, le Sénégal est à la croisée des chemins.
Mesdames et Messieurs,
Mon expérience au gouvernement a également renforcé une conviction ancienne : la souveraineté économique et l'intégration régionale ne s'opposent pas. Elles se renforcent mutuellement.
Depuis de nombreuses années, je défends l'idée que le renforcement de l'UEMOA dans la liberté économique constitue un levier essentiel de la souveraineté économique de nos États dans notre espace : ce que j’appelle le Souverainisme Libéral : Moom Sa Bopp Menel Sa Bopp, Yewwi Rewmi, Yewwi Gox Yi, Yewwi Nit Gni.
Notre union dispose d'atouts considérables : une monnaie commune stable, une banque centrale crédible, un marché régional de capitaux en développement et des institutions régionales solides. Ces acquis doivent être consolidés et approfondis. Le marché régional sur lequel je savais qu’on pouvait compter avait justifié l’ampleur de sa prise en compte dans la stratégie d’endettement que nous avions produite dès notre prise de fonction. Pas une stratégie de gestion de la dette seulement, mais une stratégie d’endettement qui prend en compte des facteurs macroéconomiques et politiques fondamentaux, notamment régionaux, dans les options de financement. La réalité nous a donné raison.
L'approfondissement du marché financier régional, le développement d'instruments communs de financement dont un fonds souverain régional, le renforcement de la capacité d'intervention de nos institutions financières et monétaires ainsi qu'une autonomie croissante dans la définition de nos objectifs économiques et de change constituent, à mes yeux, des évolutions naturelles auxquelles notre espace devra progressivement réfléchir.
L'une des grandes transformations observées ces dernières années est également la place croissante des investisseurs non-résidents dans le financement de nos économies. Cette évolution témoigne de l'attractivité de notre espace économique. Mais elle nous rappelle également l'importance de renforcer notre capacité collective à mobiliser davantage notre propre épargne, à financer davantage notre propre investissement et à accumuler davantage notre propre capital. Notre régime monétaire a un rôle à jouer de ce point de vue. La souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit.
La souveraineté économique ne consiste pas à s'isoler du monde. Elle consiste à coopérer avec le monde à partir d'institutions fortes, crédibles et libres. Je ne vous l’apprends pas. La doctrine du FMI est : « les états choisissent, le FMI les accompagne dans les choix crédibles qu’ils ont faits ».
Monsieur le Ministre,
Je vous transmets donc aujourd'hui une doctrine qui est reflétée dans toutes les productions des 2 dernières années.
Je ne peux m’empêcher avant de clore de regarder dans les yeux les femmes et hommes de ce ministère qui ont été mes compagnons de route au quotidien. Vous êtes la colonne vertébrale de cette Institution. Derrière chaque réforme, chaque stratégie, chaque document que nous avons produit, il y a des nuits blanches, des sacrifices, et des débats exigeants avec un Ministre qui n’aime pas l’expression « attentifs à vos instructions ». Je vous ai vu vous dépasser et je vous en suis profondément reconnaissant. Messieurs les Ministres, ce personnel dévoué parfois victime des changements récurrents est entre vos mains.
Je souhaite toute la réussite du monde à Monsieur le Ministre Cheikh Diba. Nous avons partagé une responsabilité importante au service du Sénégal dans un contexte particulièrement exigeant. Je lui souhaite plein succès dans cette fonction ainsi qu’à ses ministres délégués.
Pour ma part, soyez donc assuré que, comme à mon habitude, je vous suivrai avec l’œil d’un observateur indépendant libéral, politiquement engagé, et vocal dans l’espace public.
Je quitte mes fonctions avec la satisfaction d'avoir servi selon mes convictions connues de ceux qui m’ont fait confiance et avec l'humilité de savoir que l'œuvre de développement d'une nation n'est jamais achevée. Je continuerai à servir le Sénégal avec la même énergie, la même liberté d'esprit et la même confiance dans les capacités extraordinaires de notre peuple. Les fonctions publiques passent. Les institutions demeurent. Les idées continuent leur chemin.
Je vous remercie de votre aimable attention.

Rédigé par le Samedi 6 Juin 2026 à 18:32


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