Vente de la Coupe du monde par la FIFA: ce que l'on sait du rôle de Trump et de la menace de boycott

La FIFA a provoqué un tollé en annonçant son projet de céder des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés proches de Donald Trump. Retour sur les enjeux du dossier et les menaces de boycott qui pèsent sur cette réforme.



La FIFA a provoqué un tollé en annonçant son intention de céder des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés, à travers la création d'une société destinée à gérer les droits commerciaux et l'organisation de la compétition. Ce projet, qui implique des investisseurs proches de la famille du président américain Donald Trump, suscite une opposition croissante, notamment en Europe.

Une nouvelle filiale pour gérer les droits commerciaux

La filiale FIFA Forward Enterprise (FFE), dont la FIFA affirme conserver la propriété et le contrôle, aurait pour mission de superviser la vente des droits commerciaux ainsi que l'organisation opérationnelle de la Coupe du monde et des autres compétitions de l'instance. Des investisseurs privés seraient recherchés pour réaliser des investissements minoritaires et non décisionnaires dans cette société, tandis que les fédérations membres pourraient, selon la FIFA, accéder à un financement ponctuel de 20 millions de dollars.

La FIFA a précisé que cette proposition devrait obtenir l'aval de ses fédérations membres ainsi que du Conseil de la FIFA, sans toutefois indiquer à ce stade de calendrier précis pour un éventuel vote.

Des financements accrus mis en avant par la FIFA

Le communiqué de la FIFA a largement mis l'accent sur l'augmentation des financements destinés au développement, notamment pour des projets d'infrastructures sportives, qui bénéficierait aux fédérations membres si le plan était approuvé. L'organisation évoque une hausse du financement par fédération, passant de 8 à 20 millions de dollars entre 2027 et 2030, pour atteindre 24 millions de dollars lors du cycle 2035-2038.

La FIFA évoque également une enveloppe exceptionnelle et immédiate pouvant atteindre 20 millions de dollars par fédération, dans le cadre d'un programme baptisé FIFA Fast Forward Programme (FFFP), rattaché à la filiale FFE. La participation à ce programme serait entièrement volontaire, ce financement supplémentaire devant être rendu possible par une levée de capital initiale de 4,2 milliards de dollars, obtenue grâce à la vente de participations minoritaires à des investisseurs.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a présenté mardi ce projet comme une démarche de démocratisation du football à l'échelle mondiale.

Des craintes sur une dérive financière du football

Si l'incitation financière à soutenir ce projet s'annonce particulièrement importante pour les fédérations les moins fortunées, des inquiétudes existent déjà sur les conséquences de ce modèle, certains craignant que des investisseurs privés en quête de rendements croissants ne finissent par exercer une pression sur la FIFA pour accroître la taille et la fréquence de ses compétitions, au détriment de considérations sportives.

Un lien direct avec la famille du président américain

Le groupe d'investisseurs pressenti pour la filiale FFE devrait être dirigé par Thrive Eternal, un fonds fondé cette année par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump. Ce lien a conduit l'élu démocrate Jamie Raskin à accuser la FIFA de s'associer directement aux intérêts financiers de la famille Trump. Jamie Raskin, membre de rang élevé de la commission judiciaire de la Chambre des représentants américaine, avait convoqué Gianni Infantino devant cette commission en début de semaine pour répondre à des accusations selon lesquelles la FIFA aurait mené une campagne soutenue afin d'obtenir des faveurs particulières de la part du président Trump.

Une opposition ferme de l'UEFA

L'UEFA, qui n'aurait été que très peu informée de ce projet avant sa révélation par la presse britannique mardi après-midi, a publié un communiqué très critique, estimant que cette initiative franchissait une ligne. L'instance européenne a appelé l'ensemble des acteurs du football, ligues, clubs, joueurs, supporters et gouvernements, à prendre ce dossier au sérieux, rappelant qu'aucune organisation ne pouvait revendiquer la propriété du football.

La Fédération anglaise de football (FA) a exprimé de son côté sa profonde préoccupation, indiquant avoir découvert ce projet sans en avoir été préalablement informée et ne pas disposer de détails précis sur son contenu ni sur ses conditions d'application, tout en se réservant le droit de se prononcer plus précisément une fois l'ensemble des informations partagées de manière transparente.

Des critiques jusque dans les rangs d'anciens dirigeants du football

L'ancien président de la FIFA, Sepp Blatter, dont le mandat s'était achevé au cœur du scandale de corruption de 2015, a estimé que la proximité entre le président de la FIFA et le président américain avait atteint une dimension financière préjudiciable au football, affirmant que personne n'avait le droit de vendre ce sport. Le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, a lui aussi exprimé son opposition, affirmant que le football n'appartenait pas aux investisseurs mais aux supporters, et que la Coupe du monde n'avait jamais été à vendre.

Des tensions déjà vives entre l'UEFA et la FIFA

Les relations entre l'UEFA et la FIFA étaient déjà sous forte tension avant cette annonce. Le président de l'UEFA, Aleksander Ceferin, avait d'ailleurs boycotté la finale de la Coupe du monde ce mois-ci, en signe de protestation contre plusieurs différends liés à la gouvernance de la FIFA, notamment sa gestion du dossier Folarin Balogun. La situation actuelle semble toutefois d'une tout autre ampleur.

Un risque de fracture entre l'Europe et le reste de la FIFA

Il apparaît d'ores et déjà que ce dossier pourrait provoquer une véritable fracture entre l'Europe et le reste des instances de la FIFA, avec un impact potentiellement aussi important sur le paysage du football que celui provoqué par le scandale de la Super League européenne. Selon la BBC, les 55 fédérations membres de l'UEFA devraient tenir une réunion d'urgence cette semaine pour discuter de ce dossier, au cours de laquelle la question d'un éventuel boycott pourrait être évoquée.

Entre promesses de financement accru pour les fédérations les plus dépendantes de la FIFA et accusations de connivence avec les intérêts financiers de la famille Trump, ce projet de vente d'une partie de la Coupe du monde place le football mondial face à une crise de gouvernance majeure, dont l'issue pourrait redessiner durablement les équilibres entre l'Europe et le reste des instances internationales du football.

Rédigé par le Mercredi 29 Juillet 2026 à 14:41