Sénégal: Le FRAPP tape sur la table avant le Débat d'orientation budgétaire à l'Assemblée nationale



À l'occasion du Débat d'orientation budgétaire (DOB) qui s'ouvre ce mardi à l'Assemblée nationale sur la base du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029, le secrétariat exécutif national du FRAPP a publié un communiqué au vitriol ce lundi 29 juin 2026. Le mouvement citoyen exhorte les députés à faire de ce rendez-vous un véritable moment de contrôle démocratique et demande au gouvernement de placer la dette, le FMI et la souveraineté monétaire au cœur des discussions.

Rectificatif budgétaire et report des objectifs : Le FRAPP crie au réalisme tardif
Le FRAPP rappelle d'emblée qu'il avait alerté, lors du vote de la loi de finances initiale (LFI) 2026, sur le manque de rigueur méthodologique et l'optimisme démesuré des prévisions gouvernementales. L'annonce d'un prochain projet de loi de finances rectificative (PLFR) vient, selon l'organisation, confirmer ses prévisions.

De plus, le collectif relève que le Gouvernement a officiellement reporté de 2027 à 2029 l'objectif de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB. Au-delà du calendrier, le FRAPP conteste la pertinence même de cet indicateur, qualifié de norme technocratique héritée de l'orthodoxie financière française. Pour le mouvement, courir après ce ratio se fera au détriment des investissements vitaux dans la santé, l'éducation, l'agriculture, les transports et l'emploi.

Le gouffre de la dette et le « piège » du FMI
Le document de programmation met en lumière des chiffres vertigineux : entre 2027 et 2029, le Sénégal devra mobiliser 18 709,7 milliards de FCFA pour le service de la dette, soit environ 17 milliards de FCFA par jour. Cette charge colossale explique pourquoi les investissements publics n'augmenteront que de 170 milliards de FCFA par an en moyenne, sacrifiant les attentes des populations au profit des créanciers.

Le FRAPP dénonce la stratégie de financement de l'État reposant à 50 % sur les ressources extérieures et sur un accord hypothétique avec le Fonds monétaire international (FMI). Le collectif accuse l'institution internationale de faire du dilatoire en multipliant les conditions, comme l'exigence récente de confier l'audit de la dette publique à un cabinet privé international, pour imposer à terme une restructuration globale de la dette.

Le mouvement interpelle directement le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, l'invitant à respecter ses promesses de campagne sur la souveraineté nationale. Le FRAPP exige le rejet de toute restructuration imposée de l'extérieur et réitère sa demande formulée depuis 2025 : la mise en œuvre d'un audit citoyen de la dette publique sur la période 2012-2024 pour identifier les « dettes odieuses ».

Le grand flou autour de la souveraineté monétaire et du projet ECO
Enfin, le secrétariat du FRAPP regrette le silence total du DPBEP concernant l'avenir monétaire du pays, alors que l'échéance de 2027 pour la monnaie unique de la CEDEAO approche à grands pas.

Le communiqué rappelle que le Chef de l'État a été plébiscité sur un projet prévoyant des alternatives souveraines en cas d'échec du projet de l'ECO. Le FRAPP demande ainsi au Gouvernement de faire l'état des lieux précis du projet communautaire et, si celui-ci est bloqué, de présenter clairement les options alternatives pour garantir la souveraineté monétaire du Sénégal.

Rédigé par le Mardi 30 Juin 2026 à 02:16