Pourquoi cet audit de Forvis Mazars marque un tournant historique ?
La publication du Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024 répond à une volonté politique de vérité des comptes publics. Cette démarche fait suite au rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) en 2024 et à l'audit de la Cour des comptes publié le 12 février 2025.
Pour rassurer les partenaires financiers et assainir les bases de l'économie nationale, le Ministère de l'Économie, des Finances et du Plan (MEFP) a confié la réconciliation des données financières à Forvis Mazars. Les résultats dévoilent une forte accélération de l'endettement, bien au-delà des estimations précédentes.
L'explosion de la dette publique sénégalaise entre 2019 et 2024
L'encours global du secteur public (qui regroupe l'administration centrale et le secteur parapublic) a plus que doublé en l'espace de cinq ans :
En 2019 : L'encours s'élevait à 11 219 milliards de F CFA, soit un ratio d'endettement de 81,8% du PIB.
En 2024 : L'encours global atteint désormais 25 583 milliards de F CFA, représentant 128,6% du PIB.
Note importante : Ces pourcentages n'intègrent pas encore le rebasage du PIB, une réévaluation statistique actuellement en cours de finalisation qui devrait mécaniquement réajuster ces ratios.
Analyse de la dette de l'administration centrale en 2024
Sur un encours total de 23 667 milliards de F CFA pour la seule administration centrale, la dette se partage entre ressources externes et financements domestiques :
La dette extérieure (71% du total) :
Elle s'établit à 16 894 milliards de F CFA. Elle est principalement libellée en Euros (46%) et en Dollars américains (17%). Les bailleurs multilatéraux, comme le FMI et la Banque mondiale, détiennent 40% de cette enveloppe. Cette dette extérieure bénéficie de conditions plutôt favorables avec un taux d'intérêt effectif moyen de 3,4% et une maturité résiduelle moyenne de 8,7 ans.
La dette domestique (29% du total) :
Elle s'élève à 6 773 milliards de F CFA. Contractée en F CFA, elle est majoritairement adossée à des obligations du Trésor public. Plus lourde pour le budget, elle présente un taux d'intérêt effectif moyen de 5,3% pour une maturité beaucoup plus courte de 3,6 ans en moyenne.
Le secteur parapublic sous haute surveillance
L'audit indépendant a permis de clarifier l'exposition financière propre aux grandes entreprises publiques (hors dettes rétrocédées par l'État) :
Groupe Petrosen : Concentre l'encours le plus important avec 660,2 milliards de F CFA en 2024, essentiellement sous forme de dette extérieure.
SOGEPA : Enregistre une dette de 299 milliards de F CFA, exclusivement d'origine domestique.
Senelec : Affiche un encours de 227,6 milliards de F CFA, marquant une baisse encourageante par rapport aux 341,7 milliards de F CFA comptabilisés en 2020.
AIBD (Aéroport International Blaise Diagne) : Présente un encours de 188,7 milliards de F CFA.
FERA (Fonds d'entretien routier autonome) : Enregistre une dette de 170,9 milliards de F CFA.
Le défi majeur de 2026 : Le franchissement du "mur de la dette"
Le remboursement des engagements financiers est devenu une charge colossale pour le budget de l'État sénégalais. Le service de la dette de l'administration centrale (hors banques locales) a plus que triplé en cinq ans :
En 2019, la charge totale était de 808 milliards de F CFA (536 milliards en principal, 272 milliards en intérêts).
En 2024, elle s'est hissée à 2 751 milliards de F CFA (1 893 milliards en principal, 858 milliards en intérêts).
Selon les projections budgétaires d'engagement, le pic de remboursement historique sera atteint dès l'année 2026. L'État devra honorer un service global estimé à 5 498 milliards de F CFA, composé de 4 307 milliards de F CFA en principal et 1 191 milliards de F CFA d'intérêts. Cette charge financière devrait ensuite amorcer une décrue progressive pour s'établir aux alentours de 2 966 milliards de F CFA à l'horizon 2030.
Conclusion : Cap sur les réformes structurelles
En publiant ces chiffres d'une précision inédite, le gouvernement sénégalais choisit d'affronter ses réalités macroéconomiques avec transparence. Cette mise à plat complète pose les bases nécessaires pour mener les réformes structurelles indispensables et rassurer les partenaires techniques et financiers sur la viabilité à long terme de la signature financière du Sénégal.
La publication du Bulletin statistique de la dette publique 2019-2024 répond à une volonté politique de vérité des comptes publics. Cette démarche fait suite au rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) en 2024 et à l'audit de la Cour des comptes publié le 12 février 2025.
Pour rassurer les partenaires financiers et assainir les bases de l'économie nationale, le Ministère de l'Économie, des Finances et du Plan (MEFP) a confié la réconciliation des données financières à Forvis Mazars. Les résultats dévoilent une forte accélération de l'endettement, bien au-delà des estimations précédentes.
L'explosion de la dette publique sénégalaise entre 2019 et 2024
L'encours global du secteur public (qui regroupe l'administration centrale et le secteur parapublic) a plus que doublé en l'espace de cinq ans :
En 2019 : L'encours s'élevait à 11 219 milliards de F CFA, soit un ratio d'endettement de 81,8% du PIB.
En 2024 : L'encours global atteint désormais 25 583 milliards de F CFA, représentant 128,6% du PIB.
Note importante : Ces pourcentages n'intègrent pas encore le rebasage du PIB, une réévaluation statistique actuellement en cours de finalisation qui devrait mécaniquement réajuster ces ratios.
Analyse de la dette de l'administration centrale en 2024
Sur un encours total de 23 667 milliards de F CFA pour la seule administration centrale, la dette se partage entre ressources externes et financements domestiques :
La dette extérieure (71% du total) :
Elle s'établit à 16 894 milliards de F CFA. Elle est principalement libellée en Euros (46%) et en Dollars américains (17%). Les bailleurs multilatéraux, comme le FMI et la Banque mondiale, détiennent 40% de cette enveloppe. Cette dette extérieure bénéficie de conditions plutôt favorables avec un taux d'intérêt effectif moyen de 3,4% et une maturité résiduelle moyenne de 8,7 ans.
La dette domestique (29% du total) :
Elle s'élève à 6 773 milliards de F CFA. Contractée en F CFA, elle est majoritairement adossée à des obligations du Trésor public. Plus lourde pour le budget, elle présente un taux d'intérêt effectif moyen de 5,3% pour une maturité beaucoup plus courte de 3,6 ans en moyenne.
Le secteur parapublic sous haute surveillance
L'audit indépendant a permis de clarifier l'exposition financière propre aux grandes entreprises publiques (hors dettes rétrocédées par l'État) :
Groupe Petrosen : Concentre l'encours le plus important avec 660,2 milliards de F CFA en 2024, essentiellement sous forme de dette extérieure.
SOGEPA : Enregistre une dette de 299 milliards de F CFA, exclusivement d'origine domestique.
Senelec : Affiche un encours de 227,6 milliards de F CFA, marquant une baisse encourageante par rapport aux 341,7 milliards de F CFA comptabilisés en 2020.
AIBD (Aéroport International Blaise Diagne) : Présente un encours de 188,7 milliards de F CFA.
FERA (Fonds d'entretien routier autonome) : Enregistre une dette de 170,9 milliards de F CFA.
Le défi majeur de 2026 : Le franchissement du "mur de la dette"
Le remboursement des engagements financiers est devenu une charge colossale pour le budget de l'État sénégalais. Le service de la dette de l'administration centrale (hors banques locales) a plus que triplé en cinq ans :
En 2019, la charge totale était de 808 milliards de F CFA (536 milliards en principal, 272 milliards en intérêts).
En 2024, elle s'est hissée à 2 751 milliards de F CFA (1 893 milliards en principal, 858 milliards en intérêts).
Selon les projections budgétaires d'engagement, le pic de remboursement historique sera atteint dès l'année 2026. L'État devra honorer un service global estimé à 5 498 milliards de F CFA, composé de 4 307 milliards de F CFA en principal et 1 191 milliards de F CFA d'intérêts. Cette charge financière devrait ensuite amorcer une décrue progressive pour s'établir aux alentours de 2 966 milliards de F CFA à l'horizon 2030.
Conclusion : Cap sur les réformes structurelles
En publiant ces chiffres d'une précision inédite, le gouvernement sénégalais choisit d'affronter ses réalités macroéconomiques avec transparence. Cette mise à plat complète pose les bases nécessaires pour mener les réformes structurelles indispensables et rassurer les partenaires techniques et financiers sur la viabilité à long terme de la signature financière du Sénégal.