Sécurité au Sahel: La fermeture des marchés à bétail à Bamako, une mesure à double tranchant ?



À la suite des attaques terroristes de septembre 2024 ayant visé des sites stratégiques à Bamako, les autorités maliennes ont pris des mesures radicales, dont la fermeture des marchés à bétail, communément appelés « garpals ». Si l'objectif affiché est de renforcer la sécurité et de prévenir les infiltrations au cœur de la capitale, de nombreux analystes alertent sur les effets pervers de cette décision, qui pourrait paradoxalement favoriser les groupes armés terroristes, notamment le JNIM.

Le premier risque identifié est d'ordre socio-économique. Le commerce du bétail est le poumon financier de milliers de familles. En privant brutalement ces acteurs de leurs revenus, l'État s'expose à une montée du ressentiment social. Pour les groupes jihadistes, la précarité est un terreau fertile : ils exploitent la détresse financière pour proposer des alternatives économiques ou recruter de nouveaux membres parmi les populations marginalisées.

Par ailleurs, la dimension communautaire ne peut être occultée. L'élevage étant une activité centrale pour certaines communautés, la fermeture des marchés est parfois perçue comme une mesure de stigmatisation. Ce sentiment d'injustice alimente le narratif des groupes armés qui se présentent comme les seuls protecteurs des populations face à un État jugé répressif. Enfin, sur le plan de la souveraineté, en perturbant les circuits d'approvisionnement formels, le risque est de voir émerger des marchés informels ou contrôlés par les insurgés en zone rurale, renforçant ainsi leur emprise territoriale.


Rédigé par le Mercredi 22 Avril 2026 à 19:53

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