Restitution des crânes de résistants sénégalais : le gouvernement reconnaît n’avoir engagé aucune demande officielle auprès de la France

En réponse à une question écrite du député Guy Marius Sagna, le gouvernement sénégalais indique n’avoir formulé aucune demande officielle de restitution des restes de résistants conservés en France. Une réponse qui relance le débat sur les recherches historiques, la responsabilité de l’État et le devoir de mémoire.



Le gouvernement sénégalais n’a, à ce jour, formulé aucune demande officielle auprès de la France pour obtenir la restitution des restes humains de résistants sénégalais de la période coloniale. C’est ce qui ressort d’une réponse écrite transmise à l’Assemblée nationale à la suite d’une interpellation du député Guy Marius Sagna.

Dans ce document daté du 21 septembre 2026, le ministre de la Communication et des Relations avec les institutions, Dr Bacary Sarr, transmet les réponses du ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur aux questions écrites du parlementaire. Parmi les sujets abordés figure celui des restes de résistants sénégalais qui seraient toujours conservés en France.

Le gouvernement reconnaît l’absence de demande officielle

Dans sa réponse, l’exécutif précise que le Sénégal n’a pas engagé de démarche officielle de restitution. Il affirme également n’avoir reçu ni requêtes des descendants des héros de la résistance à la colonisation ni recommandations de chercheurs ou d’historiens préconisant le rapatriement de restes humains emportés pendant la période coloniale.

Le gouvernement assure toutefois qu’un travail important est en cours sur l’héritage mémoriel de cette période, notamment autour des événements de Thiaroye de 1944.

Il affirme qu’aucun effort ne sera ménagé pour rétablir la vérité historique et permettre le retour au Sénégal des biens et, éventuellement, des restes humains qui auraient quitté le pays et devraient réintégrer le patrimoine national.

La réponse renvoie néanmoins aux historiens la responsabilité de documenter la question et de formuler des recommandations aux autorités compétentes. Celles-ci pourraient ensuite engager les démarches nécessaires auprès des pays concernés.

Guy Marius Sagna réclame des explications

À l’origine de l’interpellation, Guy Marius Sagna conteste l’idée selon laquelle l’État devrait attendre que des familles ou des chercheurs prennent l’initiative de réclamer les restes des résistants.

Dans sa publication, le député demande des explications sur les recherches éventuellement conduites par les institutions nationales, les instructions données aux services compétents et les résultats obtenus jusqu’ici.

Il interroge notamment le rôle de la Direction du patrimoine culturel, des institutions scientifiques et des services diplomatiques dans le recensement et l’identification des restes humains conservés à l’étranger.

Le parlementaire réclame également des informations sur les travaux d’une commission spéciale installée en 2021 pour examiner la question de la restitution des collections sénégalaises conservées hors du pays. Il souhaite savoir si cette commission a étudié spécifiquement le cas des restes humains et quelles conclusions elle a formulées.

Au moins 106 restes humains d’origine sénégalaise recensés provisoirement

Le débat a pris une nouvelle dimension après la publication, le 8 octobre 2026, d’un article du *Monde* consacré aux restes humains d’origine sénégalaise conservés en France.

Selon ce journal, le Muséum national d’histoire naturelle de Paris a indiqué avoir recensé au moins 106 restes humains d’origine sénégalaise. Ce chiffre demeure provisoire et doit encore faire l’objet de vérifications. D’autres institutions françaises pourraient également conserver des restes concernés.

L’identification constitue l’une des principales difficultés. Les archives coloniales mentionnent des crânes collectés au cours de la conquête française, mais les informations disponibles ne permettent pas toujours d’établir avec certitude l’identité des personnes concernées, les circonstances de leur mort ou la localisation actuelle de leurs restes.

Le cas de Mamadou Lamine Dramé, figure de la résistance à la colonisation française au XIXe siècle, illustre ces incertitudes. Des références d’inventaire existent, mais l’emplacement exact du crâne qui lui serait attribué reste à confirmer.

Guy Marius Sagna évoque également les archives relatives à six crânes d’hommes exécutés à Bakel le 25 janvier 1891, dont le transfert vers une institution parisienne aurait été documenté. Leur identification et leur localisation actuelle nécessitent toutefois des vérifications historiques et scientifiques supplémentaires.

La France dispose déjà d’un cadre juridique pour les restitutions

La question ne se limite pas aux archives et aux recherches historiques. Depuis la loi française du 26 décembre 2023 relative à la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques, un cadre juridique permet à un État étranger d’obtenir, à des fins funéraires, la restitution de certains restes humains conservés dans les collections publiques françaises.

Ce dispositif a été appliqué une première fois à Madagascar. Le 26 août 2025, trois crânes sakalava, dont celui présumé du roi Toera, ont été remis aux autorités malgaches après une procédure associant les deux pays et un comité scientifique chargé d’étudier leur origine.

Cette restitution démontre qu’une démarche officielle, accompagnée de recherches scientifiques et d’un dossier documenté, peut aboutir. Elle ne garantit cependant pas automatiquement le même résultat pour les restes attribués à des résistants sénégalais : leur identification, leur provenance et les conditions juridiques de leur restitution doivent être établies au cas par cas.

Le député veut un calendrier et des responsabilités clairement définies

Face à la réponse gouvernementale, Guy Marius Sagna annonce vouloir demander un bilan des travaux des institutions compétentes, des éclaircissements sur la commission installée en 2021 et l’engagement de vérifications officielles auprès des établissements français.

Il souhaite également que les responsables des démarches soient identifiés et qu’un calendrier soit présenté pour les premières demandes de restitution. Le député entend par ailleurs proposer à l’Assemblée nationale la mise en place d’une mission d’information parlementaire afin d’examiner le dossier et de suivre les suites données par l’exécutif.

Au-delà de la question administrative, le parlementaire défend une approche fondée sur la dignité des personnes concernées. Selon lui, les restes humains des résistants ne doivent pas être considérés comme de simples objets patrimoniaux transférés d’une collection à une autre. Leur restitution devrait permettre, lorsque les circonstances le justifient et dans le respect des familles et des communautés, une sépulture digne et les honneurs dus aux morts.

La réponse du gouvernement ouvre ainsi une nouvelle séquence dans le débat sur la mémoire coloniale au Sénégal. Reste désormais à savoir si les autorités engageront les recherches et les démarches officielles réclamées par le député, et dans quels délais.



Rédigé par le Dimanche 11 Octobre 2026 à 16:16