Pérou : une présidentielle sous tension entre gauche radicale et droite conservatrice

Le Pérou se dirige vers un second tour présidentiel le 7 juin, opposant le candidat de gauche Roberto Sánchez à la figure conservatrice Keiko Fujimori, dans un contexte marqué par des divisions politiques profondes et des inquiétudes économiques.



Un duel serré après un premier tour fragmenté

Après un dépouillement prolongé, Roberto Sánchez est arrivé légèrement en tête parmi les candidats de gauche avec 12,03 % des voix, devançant de peu d’autres concurrents dans une élection très éclatée.

Keiko Fujimori a obtenu 17,18 % des suffrages et part en position de favorite relative, même si les sondages indiquent une course très serrée pour le second tour.

Un programme de rupture économique à gauche

Ancien ministre du gouvernement de Pedro Castillo, Roberto Sánchez défend une refonte profonde de l’État et du modèle économique.

Son programme inclut notamment :

la convocation d’une assemblée constituante pour une nouvelle Constitution ;
un renforcement du contrôle public sur les ressources naturelles ;
une réforme du secteur minier et gazier ;
une taxation accrue des grandes fortunes et des profits exceptionnels.

Il défend une approche qualifiée de “rééquilibrage” entre entreprises extractives et communautés locales, en particulier dans les régions rurales et autochtones.

Inquiétudes des marchés et fractures politiques

Les propositions de réforme du secteur minier, pilier de l’économie péruvienne, ont suscité des inquiétudes chez les investisseurs internationaux.

Le pays est l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre, et les marchés redoutent une instabilité réglementaire si un changement constitutionnel était engagé.

Héritage Castillo et polarisation politique

Roberto Sánchez est proche de l’ancien président Pedro Castillo, actuellement emprisonné et poursuivi pour tentative de dissolution du Congrès.

Bien qu’il affirme vouloir respecter l’ordre constitutionnel, Sánchez bénéficie du soutien politique de Castillo, ce qui accentue les tensions avec les élites politiques et économiques.

Une droite structurée autour de Fujimori

Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori, incarne une ligne pro-marché et institutionnelle, avec un appui fort des secteurs conservateurs et économiques.

Son camp dispose d’une base parlementaire plus solide, ce qui pourrait compliquer la mise en œuvre d’un programme radical en cas de victoire de la gauche.

Une élection aux enjeux institutionnels majeurs

Au-delà du choix du président, ce scrutin cristallise :

la question d’une nouvelle Constitution ;
le rôle de l’État dans l’économie ;
la gestion des ressources naturelles ;
et la lutte contre la corruption et l’insécurité.

Le second tour s’annonce comme un moment décisif pour la stabilité politique et économique du Pérou dans les années à venir.

Rédigé par le Vendredi 15 Mai 2026 à 21:57