PROTECTION DE L’ENFANCE : L'instabilité au sein de la Brigade des Mœurs et des Mineurs inquiète

DAKAR — L’efficacité de la réponse étatique face aux violences faites aux enfants est-elle menacée par l'instabilité administrative ? C'est l'alerte lancée par la chercheuse Bineta Gueye Thiam, présidente de l'organisation WASSOR Womanity, dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Intérieur.



La "mémoire institutionnelle" en péril

Pour la doctorante à Nottingham Trent University, la protection de l'enfance ne peut tolérer l'improvisation. Elle pointe du doigt une rotation trop rapide du personnel et des commandements à la tête de la Brigade des Mœurs et des Mineurs. Avec trois chefs et deux commandants différents rencontrés depuis 2024, les acteurs de la société civile sont contraints à un éternel recommencement.

Cette instabilité fragilise la "mémoire institutionnelle", pourtant indispensable pour assurer un suivi rigoureux des dossiers complexes de maltraitance.

Les risques pour les victimes : Le traumatisme du "récit répété"

La chercheuse met en lumière une conséquence humaine dramatique : la retraumatisation des victimes.

Auditions répétées : Lorsqu'un enquêteur change, l'enfant doit souvent revivre son traumatisme en racontant son histoire à un nouvel interlocuteur, ce qui peut conduire à l'abandon des procédures judiciaires par les familles.

Affaiblissement des réseaux : La coopération essentielle entre la police, les psychologues, les travailleurs sociaux et le corps enseignant est mise à mal par l'absence d'interlocuteurs stables et référents.

Vers une réforme structurelle urgente

Bineta Gueye Thiam rappelle que le Sénégal, en tant que signataire de la Convention relative aux droits de l’enfant (ONU), a l'obligation légale et morale de garantir une protection robuste. Elle propose trois axes de réforme :

Stabilité des affectations : Sécuriser le maintien des cadres spécialisés à des postes clés de la Brigade.

Formation spécialisée : Systématiser le renforcement des capacités en techniques d'audition adaptées aux mineurs.

Partenariats pérennes : Créer des mécanismes de collaboration durables avec les experts externes pour pallier les rotations administratives.

L’appel est lancé : la protection des enfants victimes de violences nécessite des institutions ancrées dans la continuité pour garantir un accès réel à la justice et à la réparation.

Rédigé par Kamalenba le Vendredi 13 Mars 2026 à 18:31

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