Ndèye Codou Fall : «La diversité linguistique constitue une richesse culturelle qu’il convient de préserver et de promouvoir»



Directrice et cofondatrice de la maison d'édition Ejo, Ndèye Codou Fall, a appelé à «préserver et à promouvoir» la diversité linguistique, à l'occasion de la présentation officielle de l'ouvrage Léebi Benengeli / Cuadernos de Benengeli, ce vendredi 12 juin, à l’Institut Cervantes de Dakar.

Le wolof au cœur du dialogue hispano-africain

Le livre présenté, qui rassemble les récits de huit auteurs hispanophones traduits pour la première fois en wolof, incarne une vision humaniste et égalitaire de la culture. Pour la directrice d'Ejo, cette publication est le symbole parfait d'une cohabitation linguistique réussie.

«Toutes les langues ont la même valeur. Aucune n’est supérieure à une autre. Miguel de Cervantès n’a jamais imposé l’espagnol à quiconque, mais il était fier de sa langue. Partout où il voyageait, il s’exprimait en espagnol, sans pour autant considérer cette langue comme supérieure aux autres. L’ouvrage Léebi Benengeli ou Cuadernos de Benengeli illustre parfaitement cette vision : il a été rédigé par huit écrivains hispanophones avant d’être traduit en wolof. La langue doit être un facteur de rapprochement entre les peuples et non de division. La diversité linguistique constitue une richesse culturelle qu’il convient de préserver et de promouvoir », a-t-elle soutenu.

Les dures réalités économiques de l'édition locale

Derrière la célébration de cette parution se cachent pourtant d'importants défis structurels. L'édition en langues nationales requiert des efforts financiers et logistiques que les structures indépendantes peinent à supporter seules. Ndèye Codou Fall n'a pas caché les obstacles quotidiens auxquels se heurte son entreprise.

«Le secteur de l’édition fait face à d’importantes contraintes, notamment en matière de financement, d’édition et de distribution des œuvres. La principale difficulté reste l’accès aux ressources financières. Bien que nous recevions le soutien du Fonds d’aide à l’édition de l’État du Sénégal, qui accompagne les éditeurs dans leurs projets, les moyens demeurent insuffisants. Grâce à cette aide, notre maison d’édition a pu publier deux ouvrages. Cependant, une fois les livres édités, le défi de leur diffusion demeure entier en raison du manque de réseaux de distribution efficaces et des contraintes financières persistantes», a-t-elle déploré.

Le défi crucial de l'alphabétisation

Au-delà de la fabrication et de la vente du livre, la question du lectorat reste entière dans un pays comme le Sénégal, où le système éducatif formel privilégie encore massivement le français. La cofondatrice d'Ejo a conclu son intervention par un appel à l'action publique, afin que Pour que le wolof écrit devienne un véritable outil d'émancipation populaire.
«La question de l’alphabétisation reste également préoccupante. Le français étant la langue officielle du Sénégal, une partie de la population éprouve des difficultés à lire les ouvrages publiés par la maison d’édition ÉJO. Il est donc nécessaire de renforcer les programmes d’alphabétisation afin de permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder à la lecture et de profiter pleinement des ouvrages publiés », a-t-elle souhaité.

Pour rappel, l’événement a eu lieu en présence de l’Espagnol Luis Garçia Montero, directeur mondial de l’Institut Cervantès, qui a plaidé pour que la culture et les langues soient «valorisées et diversifiées» dans ce monde «en pleine mutation», où la diversité constitue pour lui «une condition essentielle pour vivre ensemble dans la paix».

Rédigé par le Samedi 13 Juin 2026 à 12:52