Massacre de Thiaroye: de nouvelles révélations archéologiques relancent la quête de vérité à l’approche de la Journée du Tirailleur

À l’initiative du président Bassirou Diomaye Faye, le Sénégal s’apprête à célébrer, ce 1ᵉʳ décembre, la Journée du Tirailleur, un moment de réflexion nationale consacré à la reconnaissance des soldats africains tombés dans l’oubli. Mais cette commémoration intervient alors que de nouvelles découvertes viennent raviver le débat sur les zones d’ombre du massacre de Thiaroye, perpétré le 1ᵉʳ décembre 1944.


Rédigé par Kamalenba le Samedi 29 Novembre 2025 à 10:45

Selon le rapport récemment rendu public par la sous-commission archéologie chargée du sondage de sept tombes du cimetière militaire de Thiaroye, plusieurs éléments remettent en cause les récits établis et exigent des clarifications urgentes. Les fouilles ont d’abord confirmé l’existence de sépultures — écartant ainsi l’hypothèse de cénotaphes. Mais elles révèlent également que les tombes ne sont pas contemporaines des sépultures et que les squelettes se trouvent parfois en dehors du carré funéraire, voire positionnés à l’inverse des stèles, suggérant des pratiques d’inhumation irrégulières.

Le rapport met en lumière des preuves matérielles majeures confirmant que le site accueille différentes formes d’enterrement, potentiellement liées à divers types de massacres. Parmi les découvertes marquantes, les archéologues signalent la présence de tirailleurs gradés, dont l’un a été retrouvé enchaîné au niveau des tibias, et un autre dépourvu de crâne — autant d’indices renforçant la thèse d’une violence extrême et d’un traitement différencié des victimes.

Pour lever définitivement les doutes, la sous-commission recommande des études d’anthropologie physique et des analyses génétiques, jugées urgentes eu égard à la gestion non résolue des restes humains. Elle préconise également l’emploi d’un radar à pénétration du sol pour approfondir le sondage du Lot 1, l’exploration des 27 autres tombes, ainsi que l’extension des fouilles à l’ensemble du cimetière et à ses alentours : bâtiment fantôme, foirail, camp militaire et CEM de Thiaroye.

Les chercheurs plaident enfin pour un chantier archéologique d’envergure, impliquant étudiants et spécialistes issus des pays d’origine des tirailleurs. Une approche pluridisciplinaire qui contribuerait à documenter définitivement l’un des épisodes les plus tragiques et controversés de l’histoire militaire française en Afrique.

Le chef de l’État est attendu ce lundi à Thiaroye pour la commémoration du 81ᵉ anniversaire du massacre, dans un climat marqué par la quête de vérité et de justice historique.

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