Le Sénat américain adopte les sanctions contre la Russie portées par Lindsey Graham, place désormais à la Chambre

Le Sénat américain a adopté à une large majorité un texte de sanctions contre la Russie porté par le regretté sénateur Lindsey Graham, offrant à Donald Trump de nouveaux pouvoirs tarifaires visant les acheteurs de pétrole russe.



Le Sénat américain a adopté vendredi, à une large majorité, un vaste texte de sanctions contre la Russie, faisant avancer une mesure retardée depuis longtemps et portée par le regretté sénateur Lindsey Graham. Le texte doit désormais être examiné par la Chambre des représentants dans les prochaines semaines.

Un texte porté par un allié historique de Kiev

Lindsey Graham, sénateur républicain de Caroline du Sud décédé le mois dernier, comptait parmi les alliés les plus déterminés de Kiev au Congrès dans sa guerre de quatre ans contre la Russie. Le texte vise à accroître la pression économique sur Moscou en réponse à son invasion de l'Ukraine, et inclut également un renforcement des sanctions contre l'Iran, réclamé par le président Donald Trump.

Un vote intervenu après plus d'un an de blocage

Les dirigeants républicains du Sénat n'avaient jusqu'ici pas soumis ce texte au vote, en raison des réticences de Donald Trump, qui avait préféré conserver la décision des sanctions au niveau de la Maison-Blanche plutôt qu'au Congrès depuis le début de son second mandat en janvier 2025. Le Sénat a finalement voté à 86 voix contre 11 en faveur de la loi intitulée "Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026", qui prévoit des sanctions contre des responsables russes ainsi que l'autorisation de tarifs douaniers sévères visant la Chine, l'Inde et d'autres pays, afin de réduire leur dépendance au pétrole et au gaz russes.

Des inquiétudes persistantes à la Chambre

Ce large soutien en faveur de sanctions plus dures contre la Russie pourrait toutefois ne pas suffire à garantir l'adoption du texte à la Chambre des représentants, certains élus craignant que ces nouveaux pouvoirs tarifaires accordés à Trump n'entraînent une hausse des coûts pour les importateurs et les consommateurs américains, tout en exposant les républicains à des retombées politiques négatives.

Les représentants démocrates Gregory Meeks, de New York, et Don Beyer, de Virginie, ont indiqué conserver des "préoccupations fondamentales" concernant ces pouvoirs tarifaires, estimant que le texte accordait au président de vastes prérogatives qu'il pourrait, selon eux, utiliser sans retenue, comme il l'aurait déjà fait à plusieurs reprises par le passé.

Un vote quasi unanime au Sénat

Seul le sénateur républicain Rand Paul, du Kentucky, a voté contre le texte au Sénat. L'hémicycle a applaudi lorsque Darline Graham, sœur du défunt sénateur et nommée pour lui succéder, a annoncé le résultat final du scrutin.

Avant l'adoption du texte, le Sénat avait rejeté un amendement porté par Rand Paul et le sénateur démocrate Ron Wyden, de l'Oregon, qui visait à supprimer les nouveaux pouvoirs tarifaires. Rand Paul avait comparé ces tarifs à une taxe imposée aux consommateurs américains, estimant qu'une hausse des impôts sur les Américains ne mettrait pas fin à la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine.

Des tarifs pouvant atteindre 100 % pour certains pays

Si le texte est approuvé par la Chambre des représentants et promulgué par Donald Trump, il permettrait au président d'imposer des tarifs douaniers pouvant atteindre 100 % sur les pays comptant parmi les principaux consommateurs d'énergie russe, dont l'Inde, le Japon et certains pays de l'Union européenne, tout en lui laissant la possibilité discrétionnaire de les lever.

Les soutiens du texte assurent que ces tarifs restent suffisamment ciblés pour remplir leur objectif, à savoir réduire les revenus énergétiques russes finançant la guerre en Ukraine, sans provoquer d'effets négatifs plus larges. Selon la sénatrice Jeanne Shaheen, du New Hampshire, principale démocrate de la commission des Affaires étrangères du Sénat, ces tarifs n'auraient qu'un seul objectif : rendre plus coûteux pour les pays concernés le maintien de leurs achats d'énergie russe finançant la guerre menée par Vladimir Poutine.

Une fenêtre d'opportunité jugée favorable

Les soutiens du texte estiment que cet accord représente la meilleure opportunité actuelle pour faire adopter une législation de soutien à l'Ukraine, le vote bipartisan massif obtenu au Sénat offrant selon eux une dynamique favorable pour son adoption à la Chambre des représentants, qui doit reprendre ses travaux après sa pause estivale le 31 août.

Lindsey Graham avait annoncé, peu avant sa mort soudaine le 11 juillet, être parvenu à un accord avec Donald Trump pour finalement faire avancer cette législation. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, présent à Washington pour les funérailles du sénateur, avait assisté à un premier vote de procédure sur ce texte la semaine dernière. Il avait alors estimé que cette législation affecterait la capacité de la Russie à financer sa guerre, tout en envoyant un signal fort quant au soutien américain au peuple ukrainien, se disant très reconnaissant de ce geste, qu'il a qualifié de signal important adressé à la fois à l'Europe et à l'Ukraine.

Des tarifs ciblés sur les principaux acheteurs d'énergie russe

Le texte permet au président d'imposer des tarifs douaniers ciblés sur les produits importés en provenance de pays achetant l'essentiel de leur pétrole ou de leur gaz à la Russie, et facilitant le contournement des sanctions russes. La loi limite ces tarifs aux cinq plus grands importateurs de pétrole ou de gaz russe, ainsi qu'aux cinq principaux pays facilitant le contournement des sanctions énergétiques imposées à la Russie. Le texte comprend également une disposition destinée à éviter toute interruption des sanctions restreignant le financement de l'énergie et de l'armement iraniens.

Avec cette adoption au Sénat, la législation portée par Lindsey Graham franchit une étape décisive dans un parcours législatif marqué par plus d'un an de blocage. Son sort dépendra désormais du vote de la Chambre des représentants, où les inquiétudes sur les nouveaux pouvoirs tarifaires accordés au président pourraient encore compliquer son adoption définitive.

Rédigé par le Vendredi 7 Aout 2026 à 21:59