« La saga des mots »: le nouvel ouvrage de l'ambassadeur Oumar Demba Ba sur les mots qui ont façonné la diplomatie

Dans son nouvel ouvrage, l'ambassadeur Oumar Demba Ba explore comment les mots et les discours ont façonné l'histoire diplomatique, du Sénégal de Senghor à la diplomatie du Tweet.



De la parole aux mots : le nouveau chapitre de l'ambassadeur Oumar Demba Ba

Après un précédent ouvrage consacré à la parole, à travers l'analyse du message porté par les chansons de Baaba Maal, l'ambassadeur Oumar Demba Ba publie un nouveau livre qui s'intéresse cette fois aux mots employés dans les grands discours pour façonner le monde. S'appuyant sur les travaux de l'anthropologue Jack Goody, qui évoquait le passage de l'oral à l'écrit comme un véritable saut de civilisation, l'auteur défend plutôt l'idée d'une continuité entre oralité et écriture, rappelant que les traditions religieuses abrahamiques placent le verbe à l'origine du monde, et que le berceau de l'humanité fut également celui de l'écriture.

Une continuité diplomatique de Senghor à Diomaye Faye

L'un des fils conducteurs de l'ouvrage est la conviction de l'auteur selon laquelle l'histoire diplomatique du Sénégal, de Léopold Sédar Senghor à Bassirou Diomaye Faye, s'inscrit dans une logique de continuité plutôt que de rupture. Pour Oumar Demba Ba, les investissements diplomatiques dépassent les générations et les régimes politiques : la politique étrangère relève avant tout du relationnel, donc de l'addition plutôt que de la soustraction, et gagne à s'enrichir plutôt qu'à repartir de zéro.

L'auteur montre ainsi comment le président Diomaye Faye bénéficie aujourd'hui des fondations posées par Senghor, notamment la politique de bon voisinage, l'intégration africaine, les relations avec des partenaires historiques et un attachement marqué au multilatéralisme — une valeur également défendue par Macky Sall à travers son plaidoyer pour une ONU capable d'harmoniser les efforts des nations vers des objectifs communs.

Un manuel de diplomatie doublé d'une fresque historique

Au-delà de son intérêt pour les étudiants en diplomatie, en relations internationales et en géopolitique, l'ouvrage retrace plusieurs jalons marquants de la diplomatie sénégalaise et africaine : la création par Senghor du poste de président de l'Union africaine, l'introduction par Abdoulaye Wade de la parité homme-femme au sein de la Commission de l'Union africaine, l'engagement d'Abdou Diouf contre l'apartheid, ou encore le refus par Macky Sall de certaines injonctions dites civilisationnelles, dans la continuité du discours prononcé par Senghor devant l'Assemblée générale de l'ONU en 1961.

L'auteur souligne également que, si une continuité diplomatique traverse ces différentes présidences, chaque dirigeant a développé son propre style oratoire, contrastant par exemple l'approche militante de l'avocat Abdoulaye Wade avec la posture plus pragmatique et mesurée de l'ingénieur Macky Sall.

Une grande fresque historique du pouvoir des mots

Le livre propose également une traversée de l'histoire des mots, de l'Égypte pharaonique à la Grèce antique, en passant par Tombouctou, jusqu'à l'ère contemporaine de la diplomatie numérique. L'auteur y développe l'idée que celui qui maîtrise les mots exerce un pouvoir sur les foules et les consciences, en s'appuyant sur plusieurs discours historiques ayant marqué le cours des événements : celui de Winston Churchill en 1940, l'appel du 18 juin du général de Gaulle, le discours de Martin Luther King, la formule de John F. Kennedy à Berlin, ou encore le slogan de Barack Obama, dont l'auteur rappelle qu'il empruntait à l'origine à un mouvement syndical.

L'ouvrage aborde par ailleurs des enjeux contemporains majeurs — réforme de l'ONU, transformations économiques de la Chine, nouvelles routes de la soie, transition énergétique, rapports de force internationaux ou encore sélectivité de la justice internationale — en montrant comment le langage diplomatique permet souvent d'exprimer des positions délicates avec élégance, à l'image de l'expression consacrée de « responsabilité commune mais différenciée » utilisée dans les négociations climatiques.

Les mots fondateurs du panafricanisme

Le livre consacre également une place importante aux discours qui ont marqué l'histoire du panafricanisme, que l'auteur distingue nettement des régimes issus de coups d'État utilisant ce courant comme argument idéologique. Sont notamment cités les mots de Marcus Garvey, l'ouvrage Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire, ainsi que Nations nègres et culture de Cheikh Anta Diop, décrit par Césaire lui-même comme l'un des textes les plus audacieux jamais écrits par un auteur noir.

De la diplomatie classique à la diplomatie du Tweet

L'auteur retrace enfin l'évolution des pratiques diplomatiques, des échanges épistolaires classiques de l'époque de Talleyrand et Metternich jusqu'à la diplomatie contemporaine par les réseaux sociaux. Il illustre cette transformation par un souvenir personnel vécu lors du sommet du G7 organisé en Allemagne en juin 2022, où une simple photographie du président Macky Sall échangeant avec Joe Biden avait, selon lui, davantage marqué les esprits que le communiqué final de la rencontre.

Pour Dr Yoro Dia, auteur de cette recension, cet ouvrage confirme que littérature et diplomatie sont deux disciplines voisines, reliées par le pouvoir des mots.

Rédigé par le Jeudi 6 Aout 2026 à 23:17