La forêt de Saihanba: Comment la Chine a transformé un désert en la plus grande forêt artificielle du monde

Dans la province du Hebei, la ferme forestière de Saihanba, née d'un désert dans les années 1960, s'étend aujourd'hui sur 93 000 hectares. Retour sur cet exploit écologique chinois récompensé par l'ONU.



Dans la province chinoise du Hebei, au cœur de paysages montagneux culminant à près de 2 000 mètres d'altitude, s'étend aujourd'hui une forêt verdoyante à perte de vue. Pourtant, il y a un peu plus de soixante ans, ce site n'était qu'un désert aride et sablonneux. La ferme forestière mécanisée de Saihanba, considérée comme la plus grande forêt artificielle au monde, incarne l'un des projets de reboisement les plus ambitieux jamais menés, fruit de l'engagement de trois générations de travailleurs chinois.

Un désert transformé grâce à la détermination d'un homme

L'histoire de Saihanba commence en 1962, lorsqu'un responsable du Parti communiste chinois portant le nom de Shanghai, alors premier secrétaire du district, constate l'état désertique et sablonneux des terres de la région. Il décide de lancer une vaste campagne de reboisement, un projet extrêmement difficile à ses débuts puisque de nombreux arbres ne survivent pas aux premières plantations.

Accompagné de 127 compagnons, Shanghai parvient toutefois à planter 170 000 arbres en seulement trente jours, lors d'une opération surnommée la "bataille de Maticom". Cette fois, l'équipe réussit à préserver 95 % des arbres plantés, un succès qui encourage d'autres travailleurs à rejoindre l'effort collectif de lutte contre l'avancée du désert. Une petite forêt commémorative a depuis été créée sur le site en hommage à ce pionnier, devenu une source d'inspiration pour de nombreux Chinois engagés dans la protection de l'environnement.

Une forêt aujourd'hui surveillée par la technologie

Le site est aujourd'hui étroitement surveillé grâce à un réseau de neuf tours de guet, dont la plus haute offre une vue panoramique sur l'ensemble de la forêt. Les gardes forestiers y disposent de données en temps réel et transmettent un rapport toutes les quinze minutes, un dispositif technologique qui témoigne de l'importance accordée par les autorités locales à la préservation de ce site, aujourd'hui cher à l'ensemble du pays.

Des contreforts du Grand Khingan à la réserve naturelle nationale

Située dans la région de Bashang, à la lisière sud du massif sableux de Hunshandake, la ferme forestière de Saihanba se trouve à la jonction entre le plateau de Mongolie-Intérieure, les contreforts du Grand Khingan et le massif de Yinshan. Le site faisait autrefois partie de l'enclos de chasse impérial des Qing, avant que la fin de la dynastie, marquée par le défrichement des terres, des guerres successives et des incendies, ne dégrade profondément son écosystème d'origine.

Selon la guide forestière Wang Xueyan, l'endroit était historiquement réputé pour ses eaux abondantes et ses forêts denses avant sa transformation en lande désertique balayée par les tempêtes de sable. C'est cet écosystème disparu que les équipes de reboisement ont progressivement fait revivre.

Aujourd'hui classée réserve naturelle nationale, la forêt couvre une superficie totale d'environ 93 000 hectares. La surface boisée est passée de 16 000 hectares à ses débuts à près de 76 700 hectares actuellement, portant le taux de couverture forestière de 11,4 % à 82 %. Le site comprend également près de 6 900 hectares de zones humides.

Un rôle écologique majeur pour la région de Pékin

Au-delà de sa superficie, la forêt de Saihanba joue un rôle écologique déterminant pour les bassins des rivières Luan et Liao, assurant chaque année une régulation hydrique de 284 millions de mètres cubes. Elle capte par ailleurs plus de 860 000 tonnes de dioxyde de carbone tout en libérant près de 600 000 tonnes d'oxygène, constituant une véritable barrière écologique pour la région de Pékin-Tianjin-Hebei.

La valeur totale de ses actifs forestiers est estimée à plus de 23 milliards de yuans, tandis que les services écosystémiques qu'elle fournit chaque année représenteraient environ 15,6 milliards de yuans.

Une reconnaissance internationale

Ce projet de reboisement a été salué à plusieurs reprises sur la scène internationale. En 2017, la ferme forestière a reçu le prix "Champions de la Terre", la plus haute distinction environnementale des Nations unies, avant de recevoir en 2021 le prix "Land for Life", récompense majeure dans le domaine de la lutte contre la désertification. Le président chinois Xi Jinping s'était lui-même rendu sur le site en août 2011, saluant l'esprit de persévérance ayant permis cette réalisation et appelant à la poursuite des efforts de préservation environnementale.

Le photovoltaïque au service de la transition écologique du Hebei

À proximité, la province du Hebei accueille également un autre projet emblématique de la transition écologique chinoise : la centrale photovoltaïque de Shenyuan Qicaihe, présentée comme une zone pilote zéro carbone alliant production d'électricité et élevage. Implanté sur 6,6 kilomètres carrés dans le comté de Weichang, pour un investissement d'environ 1,8 milliard de yuans, le site comprend une centrale d'une capacité de 300 mégawatts, un poste de relèvement électrique ainsi que des équipements de stockage d'énergie.

Alors que le terrain était auparavant une prairie naturelle gravement désertifiée, le projet permet aujourd'hui de faire paître plusieurs milliers de têtes de bétail grâce à un système de pâturage tournant, illustrant la complémentarité recherchée entre production d'énergie solaire et activité pastorale. Un modèle qui s'inscrit dans la stratégie plus large de la Chine, qui produit aujourd'hui 95 % des panneaux solaires dans le monde.

De la forêt de Saihanba à la centrale photovoltaïque de Shenyuan Qicaihe, la province du Hebei illustre la capacité de la Chine à transformer des terres désertiques en modèles de développement écologique, combinant reboisement, production d'énergie renouvelable et activité économique locale.

Rédigé par le Lundi 27 Juillet 2026 à 21:58