Der/Fj – Groupe Sertem : un marché public au cœur d’un bras de fer judiciaire

Le différend entre la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes et le Groupe Sertem prend une nouvelle tournure. Alors que l’affaire est pendante devant le Tribunal de commerce, l’attribution provisoire du marché de construction du futur siège de la DER/FJ à une autre entreprise ravive les tensions entre les deux parties.



Un marché réattribué en pleine procédure

Dans un avis publié le 27 mars dans Le Soleil, la DER/FJ annonce avoir attribué provisoirement le marché du Centre d’entrepreneur et d’innovation Mohamed Bin Zayed à la société Azkhar International, pour un montant de 17,3 milliards FCFA. Une somme quasiment équivalente à celle initialement accordée à Sertem (17,24 milliards FCFA) à l’issue d’un appel d’offres.

Cette décision intervient alors même que le litige est inscrit au rôle du Tribunal de commerce pour le 2 avril 2026. Une situation que Sertem juge contestable, d’autant que le chantier afficherait, selon l’entreprise, un taux d’exécution de 49 % pour le gros œuvre, avec plus de 6 milliards FCFA déjà engagés depuis mars 2022.

Un projet miné par des difficultés structurelles

Financé par le Fonds Khalifa pour le développement des entreprises à hauteur de 20 millions de dollars, avec une contrepartie de l’État du Sénégal de 4 milliards FCFA, le projet a été lancé en 2021 sous la direction de Pape Amadou Sarr.

Selon Sertem, plusieurs manquements contractuels ont entravé l’exécution des travaux : absence initiale de plans architecturaux validés (finalement approuvés en février 2023), exonérations fiscales partielles, décomptes impayés dépassant 2,7 milliards FCFA et non-mobilisation de la contribution de l’État. À cela s’ajoutent des défaillances dans l’encadrement technique, avec le départ de certains acteurs clés du projet.

Conséquence : le chantier est à l’arrêt depuis plus de 20 mois.

Résiliation du contrat et escalade judiciaire

Face à ces retards, la DER/FJ a engagé une procédure de résiliation. Le 11 septembre 2025, une mise en demeure est adressée à Sertem pour achever le gros œuvre sous quinze jours. Le 8 janvier 2026, le ministre des Finances, Cheikh Diba, signe l’arrêté officialisant la résiliation, évoquant un taux d’avancement limité à 16 %.

Dans la foulée, la DER/FJ procède à l’appel des cautions auprès de l’assureur SONAC et relance le marché via un appel d’offres restreint.

De son côté, Sertem multiplie les recours : saisine de l’Autorité de régulation de la commande publique, contestation auprès du ministère des Finances et action judiciaire devant le Tribunal de commerce, avec demande de suspension des mesures engagées.

Plus de 8 milliards FCFA en jeu

Sur le fond, le Groupe Sertem réclame plus de 8 milliards FCFA, incluant :

2,636 milliards FCFA pour des travaux exécutés non payés
1 milliard FCFA de pénalités
4,5 milliards FCFA pour rupture jugée abusive du contrat

L’entreprise attend désormais la décision du Tribunal de commerce, prévue ce 2 avril 2026.

Une réponse attendue de la DER/FJ

Sollicitée, la DER/FJ indique qu’elle apportera prochainement sa version des faits. Ce dossier sensible met en lumière les fragilités dans la gestion des marchés publics et la maîtrise d’ouvrage au Sénégal.

Selon certaines sources, une mission de l’Inspection générale d’État recommanderait de confier la relance du projet à la Société de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État, afin de sortir ce chantier stratégique de l’impasse.

Rédigé par le Mercredi 1 Avril 2026 à 22:13

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