Crise de régime en Iran: rumeurs de « coup d'État feutré » et fractures explosives entre modérés et ultra-hardliners

Les obsèques grandioses de l’Ayatollah Ali Khamenei à Téhéran ont exposé au grand jour les fractures sans précédent qui ébranlent la République islamique. Alors que le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, demeure totalement invisible, les factions radicales accusent le président Pezeshkian et le chef de la diplomatie d'orchestrer un « coup d’État feutré » après la signature d'un accord temporaire avec les États-Unis.



Le climat est à l'insurrection au sommet du pouvoir iranien. Lors des funérailles nationales organisées à Téhéran pour l'ancien Guide suprême Ali Khamenei — tué fin février dans des frappes américano-israéliennes —, la tension a franchi un cap physique. Entouré par une foule de fidèles vêtus de noir, le président de la République, Masoud Pezeshkian, a dû essuyer des slogans hostiles criés à son encontre : « Mort au conciliateur ! ». Plus loin, le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a même été contraint de fuir le cortège sous les jets de pierres d'un groupe de militants radicaux le qualifiant de « traître vendu ».

Cette hostilité publique reflète une théorie complotiste qui gagne du terrain au sein des branches les plus extrémistes du régime : les dirigeants actuellement visibles à la tête de l'État profiteraient de l'effacement total du nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei (le fils du défunt leader), pour mener un « coup d’État feutré » et trahir l'héritage de la révolution de 1979.

Le mystère Mojtaba Khamenei alimente les soupçons de coup d'État
Depuis sa nomination théorique, Mojtaba Khamenei n’est jamais apparu publiquement et n'a adressé aucun message direct à la nation. Ce retrait total, officiellement attribué à des raisons de sécurité critiques pour sa vie ou à une incapacité physique, laisse le champ libre au triumvirat composé du président Pezeshkian, du ministre des Affaires étrangères Araghchi et du négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf.

Pour le Front de l'endurance (Jebhe-ye Paydari), mouvement ultra-fondamentaliste surnommé les « Super Révolutionnaires », ce gouvernement intérimaire de facto outrepasse ses droits. Ils accusent l'exécutif de bafouer les lignes rouges fixées par le Guide suprême en négociant en son nom un accord de cessez-le-feu avec l'administration Trump. « Alerte au peuple d'Iran : un coup d'État est-il en cours ? », s'est publiquement alarmé sur les réseaux sociaux Mahmoud Nabavian, un député radical influent, avant d'appeler à élever « la bannière de la vengeance ».

Bataille de doctrines et purge au Parlement
Face à ces attaques répétées, qui incluent des menaces de mort directes formulées par des chanteurs religieux (Maddah) proches des services de sécurité à l'encontre du président, les dirigeants visibles ont entamé une stratégie de marginalisation des extrémistes. Mardi dernier, Mahmoud Nabavian a été officiellement démis de ses fonctions au sein de la commission de la sécurité nationale du Parlement après avoir tenté de saboter le cessez-le-feu en en faisant fuiter le texte dans les médias.

Les experts estiment que Mohammad Bagher Ghalibaf utilise son influence et son passé d'ancien commandant des Gardiens de la Révolution pour écarter ces éléments radicaux, jugés trop coûteux pour la survie du système dans un contexte économique et politique interne hautement instable.

Le cessez-le-feu avec Washington au bord de la rupture
Cette guerre civile politique larvée coïncide avec une reprise immédiate des hostilités militaires. Le fragile cessez-le-feu négocié avec les États-Unis s'est pratiquement effondré cette semaine. Les Gardiens de la Révolution ont mené de nouvelles attaques contre le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz pour affirmer leur contrôle sur cette voie stratégique, déclenchant des frappes de représailles immédiates de la part de Washington.

Cette escalade militaire conforte l'agenda des ultra-hardliners qui réclament l'abandon définitif de toute diplomatie et le retour à une guerre ouverte. Signe de cette surenchère, l'ancien ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a suggéré à la télévision d'aller enlever une centaine de soldats américains sur les bases de la région pour les ramener comme prisonniers en Iran.

Rédigé par le Samedi 18 Juillet 2026 à 14:45