Pour un journalisme sportif respectueux
Les mots ne sont jamais neutres.
Lorsqu'une personnalité médiatique décrit le football africain comme « un peu sauvage », elle ne se contente pas de commenter un match. Elle réactive, parfois sans en avoir conscience, un imaginaire hérité de plusieurs siècles durant lesquels l'Afrique et les peuples africains ont été présentés comme « sauvages », « primitifs », « irrationnels » ou « désorganisés ». Ces représentations ont servi à justifier la traite des êtres humains, la colonisation et les théories pseudo-scientifiques fondées sur une prétendue hiérarchie des races.
Aujourd'hui, ce vocabulaire n'a plus sa place dans le débat public.
Le football africain : une richesse, pas un stéréotype
Le football africain ne constitue pas une réalité homogène. Il rassemble cinquante-quatre nations, des centaines de clubs professionnels, des milliers d'entraîneurs et des millions de joueuses et de joueurs. Il est le reflet d'une extraordinaire diversité culturelle, tactique et sportive.
L'Afrique n'a jamais pratiqué un football unique. Du Maroc à l'Afrique du Sud, du Sénégal à la République démocratique du Congo, de la Côte d'Ivoire au Cameroun, de l'Égypte au Cap-Vert, chaque pays possède sa propre histoire, son identité tactique et son école de formation.
Aujourd'hui, le football africain est reconnu dans le monde entier. Les sélections africaines réalisent régulièrement des performances remarquables lors des grandes compétitions internationales. Le Maroc, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Cap-Vert et bien d'autres contribuent pleinement à l'évolution du football moderne.
Les plus grands clubs européens comptent parmi leurs meilleurs joueurs de nombreux Africains, qui participent chaque semaine au succès des compétitions les plus prestigieuses. Les sélections africaines figurent désormais parmi les meilleures au monde et démontrent, année après année, leur excellence sur la scène internationale.
Réduire cette richesse à l'image d'un « football sauvage » ne relève pas d'une simple maladresse de langage. C'est entretenir un stéréotype qui blesse des millions d'Africaines et d'Africains, ainsi que les personnes d'origine africaine vivant partout dans le monde.
La responsabilité des mots
Des propos qui reprennent, même involontairement, des stéréotypes associés à l'Afrique risquent de fragiliser un précieux capital de confiance. Ils compromettent les efforts de toutes celles et ceux qui, dans le sport, les médias, l'éducation et la société civile, œuvrent chaque jour pour faire du football un langage universel de respect, d'égalité et de rapprochement entre les peuples.
Les jeunes Africains suivent les championnats européens et considèrent depuis longtemps le football allemand comme un modèle de professionnalisme, de discipline et de fair-play. C'est précisément pour cette raison que les mots employés par les grandes figures du football allemand revêtent une importance particulière.
Pourquoi cet appel ?
L'Association des Élus Allemands d'Origine Africaine (Vereinigung der Mandatsträger*innen afrikanischer Abstammung – VMA) exprime sa profonde préoccupation face à ce type de déclaration, prononcée par une personnalité aussi respectée que M. Bastian Schweinsteiger, ancien international allemand et champion du monde 2014.
© Vereinigung der Mandatsträgerinnen afrikanischer Abstammung (VMA), Berlin.*
Au-delà de son immense carrière sportive, M. Schweinsteiger est considéré comme un modèle pour des millions de jeunes supporters en Allemagne, en Europe et dans le monde. Ses paroles ont donc une portée particulière.
L'équipe nationale allemande (« Die Mannschaft »), plusieurs fois championne du monde, jouit depuis des décennies d'une immense estime dans de nombreux pays africains. Cette image positive est le fruit d'une longue histoire sportive faite de respect mutuel, d'admiration et d'échanges entre l'Allemagne et le continent africain.
Notre démarche constitue un appel à une réflexion collective sur la responsabilité du langage dans les médias. Le football doit rester un facteur d'unité, jamais un vecteur de préjugés.
Le rôle essentiel des médias
Les médias exercent une influence considérable sur les représentations collectives. Ils ont donc le devoir de promouvoir un langage précis, respectueux et conforme aux valeurs de dignité, d'égalité et de non-discrimination.
Les médias de service public portent une responsabilité particulière. Ils doivent promouvoir un journalisme fondé sur les faits, la rigueur, la diversité et le respect. Les analyses sportives, même lorsqu'elles sont critiques, ne devraient jamais conduire à des généralisations concernant un continent tout entier.
Nos demandes
C'est pourquoi nous, l'Association des Élus d'Origine Africaine (VMA), demandons :
une clarification publique de cette déclaration et la reconnaissance de son caractère stéréotypé ;
l'adoption de lignes directrices encourageant un langage respectueux et exempt de stéréotypes dans les commentaires sportifs ;
des formations régulières sur la diversité, la lutte contre le racisme et les biais inconscients à destination des journalistes, consultants et commentateurs sportifs ;
une représentation plus équilibrée et plus fidèle du football africain dans les médias, reflétant sa richesse, sa diversité, son professionnalisme et ses succès internationaux.
Pour un football fidèle à ses valeurs
Nous demandons simplement que le continent africain soit décrit avec le même respect, la même rigueur et la même nuance que n'importe quelle autre région du monde.
Le football repose sur le respect, l'égalité, le fair-play et la dignité humaine. Ces valeurs doivent également guider les paroles de celles et ceux qui le commentent.
Les mots ont un poids. Ils peuvent rapprocher les peuples, mais aussi entretenir les préjugés.
Nous appelons toutes les personnes attachées à un journalisme responsable, à l'égalité de traitement et au respect de la dignité humaine à soutenir cet appel.
La Coupe du monde 2026 doit marquer un tournant décisif : le racisme et les préjugés n'ont leur place ni dans nos stades, ni dans nos médias, ni dans nos sociétés.
Le football est universel. Le respect doit l'être aussi.
Non aux stéréotypes.
Respect pour le football africain.
Respect pour l'Afrique !
Dr Pierrette Herzberger-Fofana
Citoyenne d'honneur de la Ville d'Erlangen (Allemagne)
Ancienne députée au Parlement européen (2019-2024)
Co-présidente de l'Intergroupe parlementaire « Anti-racisme et Diversité » du Parlement européen (2019-2024)
www.herzberger-fofana.eu
Les mots ne sont jamais neutres.
Lorsqu'une personnalité médiatique décrit le football africain comme « un peu sauvage », elle ne se contente pas de commenter un match. Elle réactive, parfois sans en avoir conscience, un imaginaire hérité de plusieurs siècles durant lesquels l'Afrique et les peuples africains ont été présentés comme « sauvages », « primitifs », « irrationnels » ou « désorganisés ». Ces représentations ont servi à justifier la traite des êtres humains, la colonisation et les théories pseudo-scientifiques fondées sur une prétendue hiérarchie des races.
Aujourd'hui, ce vocabulaire n'a plus sa place dans le débat public.
Le football africain : une richesse, pas un stéréotype
Le football africain ne constitue pas une réalité homogène. Il rassemble cinquante-quatre nations, des centaines de clubs professionnels, des milliers d'entraîneurs et des millions de joueuses et de joueurs. Il est le reflet d'une extraordinaire diversité culturelle, tactique et sportive.
L'Afrique n'a jamais pratiqué un football unique. Du Maroc à l'Afrique du Sud, du Sénégal à la République démocratique du Congo, de la Côte d'Ivoire au Cameroun, de l'Égypte au Cap-Vert, chaque pays possède sa propre histoire, son identité tactique et son école de formation.
Aujourd'hui, le football africain est reconnu dans le monde entier. Les sélections africaines réalisent régulièrement des performances remarquables lors des grandes compétitions internationales. Le Maroc, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Cap-Vert et bien d'autres contribuent pleinement à l'évolution du football moderne.
Les plus grands clubs européens comptent parmi leurs meilleurs joueurs de nombreux Africains, qui participent chaque semaine au succès des compétitions les plus prestigieuses. Les sélections africaines figurent désormais parmi les meilleures au monde et démontrent, année après année, leur excellence sur la scène internationale.
Réduire cette richesse à l'image d'un « football sauvage » ne relève pas d'une simple maladresse de langage. C'est entretenir un stéréotype qui blesse des millions d'Africaines et d'Africains, ainsi que les personnes d'origine africaine vivant partout dans le monde.
La responsabilité des mots
Des propos qui reprennent, même involontairement, des stéréotypes associés à l'Afrique risquent de fragiliser un précieux capital de confiance. Ils compromettent les efforts de toutes celles et ceux qui, dans le sport, les médias, l'éducation et la société civile, œuvrent chaque jour pour faire du football un langage universel de respect, d'égalité et de rapprochement entre les peuples.
Les jeunes Africains suivent les championnats européens et considèrent depuis longtemps le football allemand comme un modèle de professionnalisme, de discipline et de fair-play. C'est précisément pour cette raison que les mots employés par les grandes figures du football allemand revêtent une importance particulière.
Pourquoi cet appel ?
L'Association des Élus Allemands d'Origine Africaine (Vereinigung der Mandatsträger*innen afrikanischer Abstammung – VMA) exprime sa profonde préoccupation face à ce type de déclaration, prononcée par une personnalité aussi respectée que M. Bastian Schweinsteiger, ancien international allemand et champion du monde 2014.
© Vereinigung der Mandatsträgerinnen afrikanischer Abstammung (VMA), Berlin.*
Au-delà de son immense carrière sportive, M. Schweinsteiger est considéré comme un modèle pour des millions de jeunes supporters en Allemagne, en Europe et dans le monde. Ses paroles ont donc une portée particulière.
L'équipe nationale allemande (« Die Mannschaft »), plusieurs fois championne du monde, jouit depuis des décennies d'une immense estime dans de nombreux pays africains. Cette image positive est le fruit d'une longue histoire sportive faite de respect mutuel, d'admiration et d'échanges entre l'Allemagne et le continent africain.
Notre démarche constitue un appel à une réflexion collective sur la responsabilité du langage dans les médias. Le football doit rester un facteur d'unité, jamais un vecteur de préjugés.
Le rôle essentiel des médias
Les médias exercent une influence considérable sur les représentations collectives. Ils ont donc le devoir de promouvoir un langage précis, respectueux et conforme aux valeurs de dignité, d'égalité et de non-discrimination.
Les médias de service public portent une responsabilité particulière. Ils doivent promouvoir un journalisme fondé sur les faits, la rigueur, la diversité et le respect. Les analyses sportives, même lorsqu'elles sont critiques, ne devraient jamais conduire à des généralisations concernant un continent tout entier.
Nos demandes
C'est pourquoi nous, l'Association des Élus d'Origine Africaine (VMA), demandons :
une clarification publique de cette déclaration et la reconnaissance de son caractère stéréotypé ;
l'adoption de lignes directrices encourageant un langage respectueux et exempt de stéréotypes dans les commentaires sportifs ;
des formations régulières sur la diversité, la lutte contre le racisme et les biais inconscients à destination des journalistes, consultants et commentateurs sportifs ;
une représentation plus équilibrée et plus fidèle du football africain dans les médias, reflétant sa richesse, sa diversité, son professionnalisme et ses succès internationaux.
Pour un football fidèle à ses valeurs
Nous demandons simplement que le continent africain soit décrit avec le même respect, la même rigueur et la même nuance que n'importe quelle autre région du monde.
Le football repose sur le respect, l'égalité, le fair-play et la dignité humaine. Ces valeurs doivent également guider les paroles de celles et ceux qui le commentent.
Les mots ont un poids. Ils peuvent rapprocher les peuples, mais aussi entretenir les préjugés.
Nous appelons toutes les personnes attachées à un journalisme responsable, à l'égalité de traitement et au respect de la dignité humaine à soutenir cet appel.
La Coupe du monde 2026 doit marquer un tournant décisif : le racisme et les préjugés n'ont leur place ni dans nos stades, ni dans nos médias, ni dans nos sociétés.
Le football est universel. Le respect doit l'être aussi.
Non aux stéréotypes.
Respect pour le football africain.
Respect pour l'Afrique !
Dr Pierrette Herzberger-Fofana
Citoyenne d'honneur de la Ville d'Erlangen (Allemagne)
Ancienne députée au Parlement européen (2019-2024)
Co-présidente de l'Intergroupe parlementaire « Anti-racisme et Diversité » du Parlement européen (2019-2024)
www.herzberger-fofana.eu