Colère des enseignants, des élèves et des étudiants : vers une fin d’année sous haute tension au Sénégal

Le système éducatif sénégalais traverse une zone de fortes turbulences. Entre boycott des compositions dans les lycées de la banlieue dakaroise, suspension des examens du premier semestre et colère montante des étudiants contre la réforme des bourses, l’école et l’université font face à une contestation généralisée qui menace la fin de l’année académique.



Un lundi noir pour l’école sénégalaise

La journée de lundi restera gravée comme un tournant dans la crise éducative actuelle. Dans plusieurs lycées et Collèges d’Enseignement Moyen (Cem) de la banlieue dakaroise, les élèves ont massivement déserté les salles de composition. À Pikine-Guédiawaye, malgré une tentative de maintien des épreuves en dépit du boycott syndical, les candidats de Terminale et de Troisième ont finalement quitté les classes.

Face à l’ampleur de la contestation, l’Inspection d’académie (Ia) de Pikine-Guédiawaye a pris une décision forte : la suspension sine die des compositions du premier semestre. Une mesure qui a rapidement fait tache d’huile, plusieurs établissements ayant déjà déprogrammé leurs évaluations.

Dans sa note officielle, l’autorité académique précise toutefois que les enseignements-apprentissages doivent se poursuivre dans toutes les classes, une tentative de préserver un minimum de continuité pédagogique dans un climat électrique.

La banlieue dakaroise en mode boycott

À l’origine de cette paralysie : un mouvement de contestation d’envergure initié par le G7, regroupant plusieurs syndicats et organisations influentes. Dans des établissements emblématiques comme Limamou Laye, Mame Yeli Badiane, Banques Islamiques, le lycée de Pikine, ainsi que de nombreux Cem, les élèves ont choisi le boycott pur et simple des épreuves.

Les raisons avancées sont multiples : conditions d’apprentissage jugées précaires, manque de concertation avec les autorités et solidarité avec les revendications plus larges du secteur éducatif. Cette mobilisation inédite traduit un ras-le-bol profond et une perte de confiance croissante envers le système.

Le front universitaire s’embrase : la Fnes vent debout contre la réforme des bourses

Pendant que le secondaire vacille, l’université est au bord de l’explosion. La Fédération nationale des étudiants du Sénégal (Fnes) a claqué la porte de l’atelier national organisé par le ministère de l’Enseignement supérieur les 2 et 3 février.

Au cœur de la discorde : la révision du décret n°2014-963, perçue par les étudiants comme une remise en cause directe de leurs acquis sociaux, et la suppression « constatée » des rappels de paiement des bourses. La Fnes dénonce une décision unilatérale, justifiée par un principe de non-rétroactivité qualifié de fallacieux.

Dans un communiqué au ton ferme, la fédération fustige également le manque de dialogue. Face au « mutisme total » des autorités lors des échanges, les représentants étudiants ont opté pour la politique de la chaise vide.

« Cette décision est malvenue, illégale et brutale. Elle porte atteinte à l’équité sociale et à la dignité de l’étudiant », martèle la Fnes.

Vers une paralysie nationale du système éducatif ?

La situation pourrait rapidement dégénérer. La Fnes prévient qu’elle se réserve le droit de poser des « actes coordonnés au niveau national » dans les prochains jours. Avec des lycéens déjà mobilisés et des étudiants prêts à engager un bras de fer sur les bourses, le gouvernement fait désormais face à un front scolaire et universitaire uni par la contestation.

L’incertitude plane sur la fin de l’année scolaire et universitaire. Les autorités sauront-elles revenir à de meilleurs sentiments, comme l’exige la Fnes, ou le pays s’achemine-t-il vers une paralysie prolongée de son système éducatif ?

Rédigé par Kamalenba le Mardi 3 Février 2026 à 18:49

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