Calendrier électoral : Dr Mor Fall appelle à concilier exigences démocratiques et urgences sociales

Alors que l’incertitude persiste autour du calendrier des prochaines élections territoriales au Sénégal, l’enseignant-chercheur en droit public à l’UCAD, Dr Mor Fall, estime que le débat doit également prendre en compte les difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontées les populations.



Le débat sur le calendrier électoral sénégalais se poursuit dans un contexte marqué par des interrogations sur la préparation des prochaines élections territoriales. Les conseillers municipaux et départementaux élus en janvier 2022 arrivent au terme de leur mandat de cinq ans en janvier 2027, tandis que plusieurs acteurs appellent à davantage de visibilité sur le processus électoral.

Invité de l’émission « En Vérité » de RSI, le Dr Mor Fall, enseignant-chercheur en droit public à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, propose une lecture articulant deux dimensions : le respect des règles démocratiques et la prise en compte des urgences économiques et sociales.

Le respect du calendrier électoral reste un principe démocratique

Sur le plan juridique, le Dr Mor Fall rappelle que l’organisation régulière des élections et les règles encadrant la transmission du pouvoir constituent des éléments fondamentaux du fonctionnement démocratique.

Dans une précédente analyse consacrée aux élections territoriales de 2027, le juriste avait également souligné l’importance du principe de périodicité du suffrage et détaillé les conditions juridiques susceptibles d’encadrer un éventuel report.

La question du calendrier électoral ne peut donc, selon lui, être simplement écartée. Elle doit faire l’objet d’une réflexion tenant compte à la fois du cadre légal et des circonstances auxquelles le pays est confronté.

Les urgences économiques et sociales au cœur de la réflexion

Pour Dr Mor Fall, le débat institutionnel doit toutefois être mis en perspective avec les difficultés auxquelles sont confrontées les populations.

Le pouvoir d’achat, les conditions de vie des familles vulnérables et les politiques d’assistance constituent, selon lui, des sujets qui nécessitent également des réponses publiques.

« Il faudrait effectivement des mesures fortes », estime-t-il, en évoquant notamment les dispositifs destinés à soutenir les populations les plus vulnérables.

Cette approche ne signifie pas, dans son analyse, que la question électorale doit être abandonnée. Elle implique plutôt, selon lui, d’organiser un dialogue permettant de prendre en compte simultanément les impératifs institutionnels et les préoccupations socio-économiques.

Démocratie : au-delà de la seule organisation des élections

Le juriste établit par ailleurs une distinction entre la dimension formelle et la dimension substantielle de la démocratie.

La première renvoie notamment à la tenue régulière des élections, à l’alternance et aux mécanismes de transmission du pouvoir. La seconde concerne davantage l’effectivité des droits et les conditions dans lesquelles les citoyens exercent concrètement leurs libertés et bénéficient des politiques publiques.

Dans cette perspective, Dr Mor Fall estime que l’organisation des élections constitue un indicateur important, mais ne saurait, à elle seule, résumer l’ensemble de la réalité démocratique.

« Ce n’est pas le seul critère », souligne-t-il.

Il met ainsi en avant des questions telles que le pouvoir d’achat, les politiques sociales et les réponses apportées aux difficultés économiques.

Le rôle du dialogue et de la concertation

Dr Mor Fall évoque également les discussions engagées avec le Fonds monétaire international et les perspectives qu’elles pourraient ouvrir pour les programmes économiques du gouvernement.

Dans ce contexte, il considère que les initiatives destinées à améliorer les conditions de vie des populations doivent occuper une place importante dans les priorités publiques.

Son analyse l’amène à distinguer « le temps de la politique » de « celui des urgences ». Pour lui, l’enjeu consiste notamment à déterminer quels sujets nécessitent une réponse immédiate et lesquels peuvent être soumis à la concertation.

Cette réflexion intervient alors que plusieurs acteurs de la société civile ont, de leur côté, appelé les pouvoirs publics à accélérer les préparatifs des élections territoriales et à donner davantage de visibilité au processus.

Un débat qui implique plusieurs acteurs

Le calendrier électoral reste ainsi un sujet susceptible de faire l’objet d’approches différentes selon les acteurs concernés : majorité, opposition, société civile et spécialistes du droit électoral.

Pour Dr Mor Fall, cette diversité de positions renforce la nécessité d’une démarche de dialogue et de concertation lorsqu’il s’agit d’envisager des arbitrages entre les différentes priorités nationales.

Son analyse place donc le débat à la croisée de deux exigences : préserver le cadre démocratique et institutionnel tout en apportant des réponses aux préoccupations économiques et sociales des citoyens.

Rédigé par le Lundi 28 Septembre 2026 à 02:40